Pierre Hilary : “C’est une question de volonté politique, mais y est-elle ?” [par Yann Kerveno]

Le nouveau président des Jeunes Agriculteurs des Pyrénées-Orientales revient sur son parcours et ses sujets de préoccupation.

Installé sur l’exploitation familiale depuis 2010, Pierre Hilary exploite aujourd’hui 14 hectares de vignes entre Tautavel, Estagel et Montner. “Je suis même la septième génération sur cette exploitation !” sourit-il. Mais la vigne et sa cave particulière ne sont pas sa seule activité puisqu’il est également salarié dans le restaurant qu’il possède à Tautavel, Le Petit-Gris. “Nous avons eu cette opportunité il y a cinq ans, mon père en est le gérant et donc je suis salarié de cette entreprise. C’était un nouveau métier, je n’avais pas été formé à cela puisque j’ai fait des études agricoles à Rivesaltes. Il a donc fallu apprendre sur le terrain mais c’est très complémentaire du travail de vigneron indépendant. La vigne et toute l’agriculture, c’est un métier où l’on peut souvent être seul, là on croise du monde” explique-t-il, même si cela demande des trésors d’ingéniosité à l’heure de faire les plannings. “Oui c’est parfois compliqué de tout faire en même temps, mais cela oblige aussi à déléguer, soit au restaurant, soit à la vigne, c’est une organisation complexe mais cela se gère.”

En prenant la présidence des Jeunes Agriculteurs du département des Pyrénées-Orientales, il sait qu’il rajoute une couche de complexité à l’édifice, mais il ne s’en émeut pas. Le syndicalisme, c’est aussi une histoire de famille et de mentor. “C’est mon père qui m’a montré la voie du syndicalisme, il a été engagé à la MSA en particulier. Mais aujourd’hui, je pense à Denis Pigouche, c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier, je pense que s’il était là, il serait content de voir que j’ai pris la suite.” Syndiqué depuis 12 ans, Pierre Hilary prend donc aujourd’hui la tête des Jeunes Agriculteurs pour un mandat de deux ans. Il est accompagné de Pierre Pagnon, l’ancien président, qui occupe le poste de vice-président et de Julien Bousquet qui a rempilé au poste de secrétaire général pour deux années supplémentaires.

Exaspération à son comble

Quels sont ses sujets de préoccupations ? Il en cite plusieurs mais surtout, il tient à prévenir, le moral est bas et l’exaspération un peu à son comble dans les rangs des JA en particulier et de l’agriculture en général. “Nous accumulons les difficultés, il y a eu la Covid, puis maintenant la guerre en Ukraine, les prix qui ne sont jamais corrects, la hausse de nos charges, les accidents climatiques comme le gel de l’an dernier et de cette année encore…” Il en profite pour dénoncer les effets d’annonce. “L’an dernier, j’ai gelé à 70 % et, pour ma part, j’ai touché 3 000 euros et c’est tout. Et j’ai de la chance, il y a des dossiers qui ne sont toujours pas indemnisés, un an après… Je suis bien placé pour savoir que tout le monde n’est pas aidé de la même manière. Les restaurateurs, par exemple, ont pu toucher, pendant la Covid, 10 000 euros par mois presque en un claquement de doigts, alors que nous, agriculteurs, avons une tonne de dossiers à remplir pour toucher des aides minimes plusieurs mois après” s’insurge-t-il. “Tout le monde parle de souveraineté alimentaire, mais cela part d’une volonté politique, nous sommes en droit de nous demander si elle y est réellement…”

Et pour les semaines qui viennent ? “Nous attendons le détail du plan de résilience qui n’est toujours pas connu même si les premières annonces ne nous ont pas satisfaits, mais pendant ce temps-là nous payons tout au prix fort : le gas-oil, les engrais, les phytos… Nous avions ajourné notre mobilisation il y a trois semaines, mais c’est toujours d’actualité… Parce que même si tout le monde parle des élections en ce moment, les problèmes n’ont pas disparu.”

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