Péripéties syndicales : Gestes solidaires

Les temps changent et les pratiques évoluent. Y compris sur le front des manifestations agricoles. En témoigne cette action qui s’est déroulée la semaine dernière au péage Sud de Perpignan et à laquelle participaient des producteurs de légumes venus de plusieurs bassins de productions français, mais aussi d’Espagne. Un camion transportant des tomates en provenance du Maroc fut contrôlé et son chargement transféré sur le bitume. C’est là que le modus operandi prend une tournure inédite. Par le passé, autrement dit voilà encore quelques semaines, les palettes tombaient du camion et achevaient leur course dans un amas irrécupérable de fruits et légumes écrasés, de cartons et de bois éventrés sur le goudron. Jeudi dernier, les manifestants ont, beaucoup plus sagement, déchargé les plateaux de tomates à la main et, formant une chaîne, les ont empilés sur le bitume avant de les distribuer à des œuvres caritatives. En termes d’image la méthode peut paraître plus « séduisante ». En termes de résultats, nous verrons si le ministre de l’Agriculture a été sensible à ce genre de prévenance.

Énième ratification

Rappelons que Marc Fesneau soutenait, voici quelques semaines à Meknès avec son homologue marocain Mohamed Sadiki et en présence de responsables issus de certaines interprofessions agricoles françaises, la signature d’un accord visant à articuler la coopération des deux États autour de plusieurs axes dont « la transition vers des systèmes agricoles résilients, durables et productifs ». Énième ratification de nature à sacrifier nos productions nationales pour des raisons géopolitiques évidentes.
Notons également que le 15 février 2012, dans un article du Courrier de l’Atlas, on pouvait lire : « Suite à une récente rencontre entre le président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER) et Xavier Belin (décédé en 2017), président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles de France (FNSEA), ce dernier a assuré à son homologue marocain son soutien inconditionnel à la ratification de cet accord. Une déclaration de taille quand on connaît le poids de la FNSEA dont les ramifications dépassent l’hexagone ». Douze ans plus tard, les ressortissants de la FNSEA présents sur ce péage transfrontalier avaient peut-être oublié ce détail (et tant d’autres…).

Cabriolet

Mais revenons aux méthodes prodiguées à l’ancienne par nos maraîchers et arboriculteurs roussillonnais. Au cœur des années quatre-vingt et peut-être au même endroit, une dame, probablement de retour du Festival de Cannes, le teint halé, équipée de lunettes de soleil, un foulard dans les cheveux, de l’or au poignet, un bras à la portière, l’autre occupé à klaxonner, s’impatiente dans une manifestation et commence à insulter copieusement les protagonistes. Petite négligence, elle voyageait en cabriolet… Preuve que les agriculteurs n’étaient pas rancuniers, elle repartit en direction de l’Espagne copieusement chargée de ces légumes d’où ils provenaient.

Limite de la bonté

Autre exemple d’amabilité champêtre, cette autre dame qui, dans les rues de Perpignan, se plaignait de voir autant de nourriture gaspillée alors que les maraîchers déversaient des bennes de marchandises invendues. Qu’à cela ne tienne, la dame fut copieusement livrée avec au moins une tonne de pommes de terre dans la salle à manger. Autre petite négligence, elle avait laissé la fenêtre entrebâillée ! Concernant enfin les gestes solidaires, précisons que, lorsque nous avons voulu offrir à une association caritative salades et artichauts invendus, triés et prêts à être consommés, il nous fut demandé de ne plus livrer en « banaste » mais conditionnés dans des emballages adaptés au fonctionnement des intéressés. D’où probablement les limites d’une certaine bonté !

Jean-Paul Pelras

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