Parce que rien n’est jamais simple #24 [par Yann Kerveno]

Ils ont les crocs

Il fallait que cela finisse par arriver. Si la pression des grands prédateurs n’est pas intense dans les Pyrénées-Orientales, il n’en va de même dans le massif alpin. L’exaspération du monde de l’élevage est dite, répétée et les mesures ne satisfont aucun des deux camps, défenseurs ou opposants au loup. Il y a quelques jours, dans les Alpes, un randonneur a été mordu par des patous qui protégeaient un troupeau. À Gap, un éleveur était jugé pour blessures involontaires parce que ses chiens de protection avaient aussi mordu des randonneurs à plusieurs reprises. Le procureur a requis deux mois de prison avec sursis, la décision a été mise en délibéré au 18 octobre.

Un dossier à “retravailler”

Faut-il y voir un lien ? Quelques jours après, une louve fraîchement abattue a été accrochée devant la mairie de Saint-Bonnet-en-Champsaur. Indignation assurée. Plus près de nous, dans les Pyrénées, l’application du plan Ours, Life Ours Pyr (doté de 8 M €) a été reporté par le préfet de la région. Si le plan ne prévoyait pas explicitement de réintroduction, bien que l’État soit contraint de remplacer les ours tués (3 en 2020), il était perçu par le monde de l’élevage comme un outil de sanctuarisation de l’ours. Raison invoquée par la préfecture pour ce retrait : le “besoin de retravailler le dossier.” Le ministre de l’Agriculture est d’ailleurs très sollicité sur ce dossier comme en Aveyron, lors d’une visite où il est venu parler de loup et de vautours.

Au Royaume-Uni, quelques jours après le Brésil, c’est un nouveau cas d’encéphalopathie spongiforme bovine qui a été diagnostiqué. L’animal, mort sur la ferme, a été détecté dans le cadre de la surveillance épidémiologique. En Espagne, c’est l’anthrax qui vient de faire sa réapparition en Extremadura et a Ciudad Real.

2 milliards d’oiseaux

De l’autre côté de la Méditerranée l’élevage de volaille se développe rapidement et cela pourrait faire de l’Égypte un opérateur de poids sur le marché mondial du maïs. Ne produisant que 35 % de ses besoins, le pays est fortement dépendant des importations. L’OCDE et la FAO estiment que la production de poulet, dont la ration est composée à 75 % de maïs jaune, va passer de 1,4 milliard d’oiseaux à 2 milliards d’ici 2030.

En Argentine, après le blocus stratégique décidé par le gouvernement sur les exportations de viande, l’heure est à une timide détente. Les autorités ont en effet de nouveau autorisé les exportations, mais vers la Chine uniquement. L’embargo avait été décidé pour faire baisser les prix et laisser la viande abordable à l’ensemble des Argentins.

Le marketing à l’épreuve de la réalité

Enfin, sachez qu’après avoir levé récemment 97 M $, Good Meat, filiale de Eat Just (œufs et viande cellulaire) est devenue l’entreprise la plus financée du secteur avec 267 M $ d’investissements. De quoi donner le tournis, sauf à Joe Fassier, du magazine américain The Counter, qui se demande si la réalité ne va pas venir contredire le marketing déployé par les promoteurs de ces protéines alternatives. Simplement parce qu’on ne sait pas pour l’instant vraiment comment changer d’échelle.

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