Ours : un coup en traître pour les éleveurs [par Yann Kerveno]

L’assemblée des Chambres d’agriculture des Pyrénées accuse l’administration d’avoir monté un dossier de financement européen pour faire passer l’ours en force dans les Pyrénées.

Un coup à s’en étrangler. C’est un peu la manière dont Philippe Lacube, président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège raconte la découverte fortuite d’un dossier monté en toute discrétion par la DREAL (Direction régionale environnement aménagement logement) sous la dénomination Life Ours Pyr. “On nous a prévenus de l’existence de ce dossier parce qu’il a été rapidement évoqué lors de la dernière réunion de la feuille de route Ours” explique Philipe Lacube. “Il nous a alors fallu faire des pieds et des mains pour pouvoir en prendre connaissance et d’abord par une simple synthèse de six pages transmise par la DREAL. Nous avons pu nous procurer les 216 pages du projet complet, mais il ne nous est pas parvenu par la voie officielle” lâche-t-il. “Ce qui nous a le plus surpris, au-delà de la colère qu’il a suscitée à sa lecture, c’est que la DRAAF Occitanie n’était pas au courant de ce projet, elle a d’ailleurs depuis émis une protestation officielle à ce sujet…” Mais qu’est-ce qui peut donc bien irriter à ce point les défenseurs du pastoralisme ? Pour résumer : tout. Le fond, la forme, l’argent.

“Une administration qui décide seule”

Sur le fond. “En fait, ce plan vient en plus du plan Ours en cours et on veut nous faire accepter un doublement de la population d’ours en âge de se reproduire, installer des corridors et veiller à résoudre le problème lié à la consanguinité” expliquait pour sa part Sébastien Uthurriague, vice-président de la FDSEA des Pyrénées-Atlantiques. “Et quand on dit consanguinité, cela veut forcément dire réintroduction. Et ce, alors que la dernière a laissé des cicatrices qui ne sont toujours pas fermées.”
Sur la forme, c’est le mépris qui est dénoncé. Mépris pour les “manants” de la part des “sachants” qui veulent faire “avaler” le développement de la population d’ours dans le massif, sans en parler avec les acteurs du territoire. “On se retrouve face à une administration qui décide seule” rage Francis Ader, éleveur dans la vallée de Luchon. L’engagement du Parc régional des Pyrénées ariégeois pose aussi question aux éleveurs. Selon les dires de Philippe Lacube, qui dit disposer d’une copie complète du projet, y figure une lettre d’engagement signée par le directeur du Parc. Le Parc, dans la note résumée de six pages, est aussi signalé comme partie prenante du projet. Toutefois, “le président du Parc nous a assuré que le parc ne participerait pas au projet après que nous ayons pris contact avec lui” expliquait-il. Dans le gros du dossier, il est également prévu un gros “travail d’acculturation” à mener par des actions de médiations et de communication pour “imposer la présence de l’ours en dépit d’éleveurs”. En gros, en faisant jouer la pression sociale comme elle joue pour les pesticides.

Double discours

Et Philippe Lacube de dénoncer le double discours. “Depuis la mise en place de la feuille de route, on nous explique qu’il va y avoir de l’écoute, de la concertation et là, même nos élus n’ont pas été mis au courant !” Et pour ajouter un peu d’huile sur le feu, il y a le financement. 8 M € prévus, “qui viennent s’ajouter aux 34 M € budgétisés pour la feuille de route… Alors que nos vallées sont frappées économiquement par les conséquences de la Covid-19, les stations de ski fermées” ajoutait l’éleveuse Clémence Briard. “Et cet argent est explicitement fléché vers des associations de défense de l’environnement ou qui prétendent défendre le pastoralisme sans rien faire d’intéressant.”
En conséquence, l’Assemblée des Chambres d’agriculture des Pyrénées demande à ce que le projet soit bloqué par le préfet de Région et ne soit pas transmis aux autorités européennes pour le round final (il a déjà été retenu dans le cadre de la primo-consultation).

Yann Kerveno

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