Leucate : premières vendanges dans les anciennes friches [par Yann Kerveno]

Les journées Innov’Action, organisées la semaine passée dans l’Aude, ont fait étape sur le plateau de Leucate. C’est sur ce bout de terre calcaire battu par la tramontane et le soleil que huit hectares de friches ont été reconvertis en vigne…

“Tout ce projet est parti d’un constat de la cave coopérative et des inquiétudes qu’il avait fait naître. Nous étions là, autour de 2015, et nous faisions face à une pyramide des âges très handicapante, avec 40 % des adhérents pouvant partir à la retraite dans les cinq années qui suivaient” explique Christophe Jaulent, vice-président délégué de Cap Leucate. Il est alors décidé de voir s’il n’est pas possible de remettre en culture des friches sur le plateau de Leucate, là où le potentiel qualitatif est le plus important. “Nous avons préféré concentrer tous nos efforts sur ce secteur parce qu’il présente, en plus, un aspect œnotouristiques important…” La machinerie, complexe, se met en marche, ainsi que la pêche au financement. Il a fallu d’abord recenser les parcelles éligibles, évaluer leur potentiel, mobiliser les vignerons…

Une dizaine d’hectares sont ainsi sélectionnés parce qu’ils répondent à ces critères et sont “bien placés” dans le paysage. “C’est une dimension importante du projet que cet aspect paysager. En plus de replanter des vignes sur des friches, nous avons aussi remonté plus de 300 mètres de murettes en pierres sèches et planté des haies. Parce que c’est vraiment typique de l’endroit.” Mais avant de mettre les plantiers en place, il a d’abord fallu faire place nette, avec parfois des moyens importants. “Il s’agissait de chantiers conséquents qui coûtaient beaucoup plus cher, peut-être dix fois plus, que ceux que nous pouvons faire en plaine.” Certaines parcelles étaient abandonnées depuis des décennies et avaient été colonisées par des pins. D’autres, plus récemment abandonnées, étaient encore à l’état de friches arbustives. Une fois les végétaux dégagés, il fallait ensuite défoncer la dalle de calcaire, préparer les sols…

Un bouquet de bonnes volontés

Pour financer ces travaux de préparation, il y en avait, selon les parcelles, pour 10 000 à 15 000 euros l’hectare, sans la plantation, la Chambre d’agriculture, qui appuyait ce projet de reconquête, a pu mobiliser des fonds européens, ceux de la Région et du Département de l’Aude pour couvrir au final jusqu’à 80 % du coût. Mais comme souvent, tout le dossier tient aussi à une addition de compétences et de bonnes volontés. “Sur ce dossier, plusieurs personnes et structures se sont relayées, Maud Oberlin et Margaux Lecrocq à la Chambre d’agriculture, Marie-Hélène Julia à l’ASA de travaux de Quillan, qui a géré les paiements, mais aussi le groupement d’employeurs Cezelly, l’entreprise locale GTR à Fitou, qui a accepté de se déplacer en dépit de la modestie des surfaces à remettre en état” détaille Cécile Caizergues, chef du service vignoble de la cave.

La journée Innov’Action a donc permis de raconter et d’expliquer à un parterre d’élus locaux et en présence de Philippe Vergnes, président de la Chambre d’agriculture de l’Aude, toute cette histoire qui a vu la centaine d’hectares de vignes du plateau de Leucate confortée par 8,3 hectares qui seront vendangés cette année pour la première fois, deux hectares supplémentaires devant à terme y être plantés. “On l’a encore vu récemment malheureusement à Opoul, mais cette question des friches n’est pas qu’une question d’agriculture, c’est aussi une question de protection de l’environnement et des villages contre le feu” concluait Christophe Jaulent.

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