Lettre à José Bové [par Jean-Paul Pelras]

Monsieur,
ceux qui empruntent quelques raccourcis pour désigner leurs interlocuteurs, me disent, lorsqu’ils évoquent certains exploits pyrotechniques et autres invasions préfectorales : “Ah, donc, vous étiez notre José Bové à nous”. N’étant ni fumeur de pipe, ni écologiste, ni politicien, je m’empresse d’invalider la comparaison, reconnaissant tout au plus cet unique point commun ; celui qui nous valut, à l’un comme à l’autre, de passer, suite à quelques manifestations agricoles, par la case prison. Je me souviens, à ce titre, de votre arrivée au tribunal perché sur une charrette tel un héros de carnaval. Pour avoir connu pareille convocation, je compris ce jour-là que nous n’étions pas faits du même bois.
J’ignore pourquoi vous n’êtes plus paysan. Sachez qu’en ce qui me concerne, l’abdication fut consécutive à un dépôt de bilan imputable aux distorsions de revenus causés par les compétitions déloyales dont sont encore victimes les secteurs fruitiers et légumiers.
Mais laissons de côté ces atermoiement économiques et cette nostalgie carcérale pour évoquer ce parcours politique qui vous obligea à migrer du Larzac vers Bruxelles. Sachant, bien entendu, que vous n’êtes pas le seul à vous être transporté du champ vers le Parlement. À ce propos et pour avoir siégé au CNJA, où j’entretenais une certaine dissidence parmi les impétrants du moment, je suis bien obligé de constater que les locataires des rues de la Baume et de la Boétie possèdent aussi, comme d’autres obédiences, leurs quotas respectifs de syndicalistes politisés. Et ce, à Lutèce comme à Bruxelles où pendant presque dix ans, aux côtés du verdoyant Dany le rouge, vous avez officié, moyennant bien sûr quelques confortables émoluments. Les idéaux, c’est bien connu, n’obéissant jamais aux injonctions de l’argent.
Pour justifier votre action, vous me répondrez peut-être un jour en me communiquant la liste, non exhaustive probablement, de tout ce que le monde paysan a pu obtenir grâce à votre engagement. Sachant que, dans le Midi, les retombées de vos mandats ne sont guère significatifs, puisque nous avons perdu, en moins de trente ans, deux paysans sur trois, que la vigne, comme dans la chanson de Ferrat, commence à courir dans la forêt et que bon nombre d’arboriculteurs et de maraichers font désormais la circulation devant les écoles à l’heure du déjeuner. Que voulez-vous, monsieur Bové, à chacun sa reconversion. Tout le monde ne peut pas, la main sur le cœur, finir dans une assemblée.
Et voilà qu’au lieu de vous retirer derrière les volutes d’une bouffarde pour rédiger vos mémoires altermondialisées, vous choisissez de revenir en politique (soutenir Carole Delga), comme atteint par cet atavisme, cette addiction aux suffrages dont vous ne pouvez manifestement vous dépêtrer. Reste à savoir comment, pour avoir été faucheur volontaire, vous allez défendre votre position d’éventuel candidat aux Régionales devant les agriculteurs de la coopérative Arterris, où des militants anti OGM ont saccagé, la semaine dernière, plusieurs centaines de sacs de semences ?
Homme de gauche et, comme il se doit, écologiste, vous savez forcément, à l’instar de Messieurs Jadot, Hulot ou Biteau, ce qui est bien pour nous. Tout comme Le monde paysan, empêtré dans l’écheveau des contraintes environnementales imposées par le dogme écologiste, mesure, avec 1,32 % de votes obtenus en ce qui vous concerne lors de l’élection présidentielle en 2007 (et 1,57 % pour Dominique Voynet), ce que peut occasionner comme dommage collatéraux la dictature des minorités.
Vous comprendrez peut-être pourquoi, étant moi-même un peu aveyronnais et si peu écologiste, je décline toute responsabilité quand, d’aventure, l’on ose m’attribuer quelques similitudes avec un ancien député.

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