Lettre à Emmanuelle Wargon, recommandée par le “Pôle emploi” de l’Élysée [par Jean-Paul Pelras]

Madame,
récemment, les parlementaires se sont exprimés contre votre nomination à la tête de la Commission de régulation de l’Énergie. Seulement voilà, la Constitution exigeant au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés pour que vous soyez renvoyée dans les cordes, vous avez pu, en profitant de cette subtilité républicaine, accéder, sur proposition de l’Élysée, au poste en question. Battue aux législatives, et donc, selon les règles imposées par Emmanuel Macron, devenue inapte au service gouvernemental, vous voici donc recasée à la CRE.
Vous avez, à ce titre, spontanément posté ce message sur votre compte Twitter : “Très honorée de la confiance du président de la République et de la Première ministre. Comme je m’y suis engagée lors des auditions parlementaires, avec le soutien de l’Assemblée Nationale, j’exercerai mon mandat en toute indépendance, au service des Français.” Apres avoir été secrétaire d’État à l’Écologie et ministre déléguée chargé du Logement à qui le monde rural doit, entre autres inepties, la suppression des chaudières au fuel (c’est dire si vous êtes compétente en termes de régulation énergétique…), vous osez encore utiliser la formule “en toute indépendance”.

Ancienne lobbyste de Danone où vous perceviez presque 500 000 euros par an, après avoir migré du yoghourt vers la politique, n’étant pas à une contradiction près, vous voici donc nommée à la tête d’une autorité soi-disant indépendante, chargée de garantir le bon fonctionnement des marchés français de l’Énergie au bénéfice du consommateur. Pour l’instant, la seule bénéficiaire de cet énième pantouflage gouvernemental semble, une nouvelle fois, être une ancienne ministre virée du Landerneau politique par le suffrage universel et revenue sur le devant de la scène (et de la Seine) par le fait du prince et l’entre soi lutécien de ceux qui s’accrochent désespérément au bastingage du
pouvoir.

Les quelques jours de repos que je viens de m’accorder sur l’Aubrac, loin des circonvolutions politiciennes et de la médiocrité élitiste ambiante, m’ont permis de mesurer à distance ce que valent les gens de votre acabit. Autrement dit pas grand-chose, du moins sur les arpents de la conscience.
Pour s’en convaincre, il faut retourner sur votre compte Twitter où, consécutivement à votre publication, vous avez reçu une quantité impressionnante de messages désapprouvant votre nomination. Les contributeurs, dans leur très grande majorité (notion qui vous échappe probablement), condamnent votre promotion. Parmi les centaines de commentaires souvent peu amènes, je citerai celui-ci : “C’est comi-tragique. En réponse à votre tweet @EmmWargon, je ne vois que des personnes qui sont outrées par votre nomination. Faudrait songer à se remettre un peu en question ? Faites-vous discrète dans votre placard doré, cet énième comité Théodule !”
Comi-tragique, effectivement, et peut être même pathétique si l’on considère votre capacité d’adaptation et de résilience, terme très macronien, aux critiques dont vous faites l’objet.

Il faut certainement être fait d’un bois particulièrement dur pour avancer sans se retourner sur le chemin des invectives quand, même pour ce poste, vous n’êtes pas parvenue à récolter un semblant de majorité. Comme vous, Buzyn pourtant mise en examen par la Cour de Justice de la République, a pu bénéficier du “Pôle emploi élyséen” en accédant à la Cour des Comptes, ainsi que Castex à la tête de l’Agence de financement des infrastructures de transport (pourtant jugée inutile par la même Cour des Comptes, mais ils s’arrangeront probablement entre eux sur le dos du contribuable…).
Voyez-vous, Madame Wargon, cet été sur l’Aubrac entre renards, milans et autres belettes, martres et éperviers, j’ai pu observer et entendre bon nombre de prédateurs qui, finalement, ne faisaient que chasser pour se nourrir. Loin, très loin de ces politiciens qui, en toute impunité, n’ont même plus besoin de traverser la rue pour se servir.

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