Lettre à ceux que je n’aime pas [par Jean-Paul Pelras]

En pôle position des quidams avec lesquels je ne partagerai ni le poulet au basilic de mon épouse, ni le civet aux cèpes de ma belle-mère, caracole l’entre-soi lutécien. Microcosme tellement visqueux qu’il en devient insaisissable, inqualifiable et, pour ainsi dire, inquantifiable. De ce Dîner du Siècle où l’on ne sait plus qui des artistes de variété, des hommes de loi, des journalistes, des capitaines d’industrie, des scientifiques, des politiciens ou des pédophiles, dicte sa feuille de route, en passant par ces rendez-vous mondains qui s’affranchissent de toutes contraintes, les nobliaux suffisants et urbains s’imposent désormais, urbi et orbi, en toute impunité.
Évoluant dans ces palais et autres hôtels particuliers où il faut être vu pour savoir briller, vous tirez les ficelles d’un pouvoir dont nous subissons, par ricochet, les délétères effets. Pitres, seigneurs, altesses, roturiers, élus ou bouffons, vous essayez de paraître, au sein d’une cour bien plus basse qu’elle n’y paraît, dans l’entre-soi d’un microcosme aux mœurs débridées.

Le regard que nous portons, depuis nos campagnes “reculées”, sur vos activités est celui de ceux qui se sentent méprisés, car manipulés à distance par une caste influente et décalée. Vous frayez dans les eaux basses de la société, celle dont la République était censée nous débarrasser.
En faisant étalage de vos sapes, de vos frasques, de vos gourmandises, de vos triples rations et de vos dispendieux flacons, vous suscitez le dégoût et l’aversion. Vous êtes cette infime portion de France dont nous ne voulons plus, cet épiphénomène, soi-disant généreux, qui s’apitoie sur la plèbe et le menu fretin avec la suffisance et l’hédonisme des suzerains.

Ceux qui vous trouvent des circonstances atténuantes car ils rêvent de vous cirer, peut-être un jour, les Louboutin, petits entrepreneurs prétentieux ou troubadours sans honneur, sont fait de ce matériau spongieux que les opportunistes nourrissent dans les replis du cœur.
Entre une cuillère de caviar, une coupe de champagne, une ligne de coke et quelques affriolantes rencontres troussées sous le lustre à facette d’un palace parisien, vous pensez être suffisamment qualifiés pour échanger sur notre sort, entre gens qui le valent bien.
Vous vous prenez pour les ambassadeurs d’une culture que vous déshonorez. Vous n’êtes que sa contrefaçon, son pitoyable fac-similé. Les récentes élucubrations, pour lesquelles beaucoup d’entre vous ont imploré le ciel afin que vos patronymes et vos fonctions ne soient jamais citées, révèlent ce que vous représentez.
Autrement dit, le retour en force d’une luxure luxuriante qui avance masquée et n’hésite plus à provoquer le peuple pour mieux l’humilier. Ainsi va le triste privilège de ceux qui croient savoir vivre et ne savent même pas exister !

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