Lettre à celui qu’ils ont toujours protégé [par Jean-Paul Pelras]

Monsieur,
je ne vous nommerai pas car c’est à d’autres que je vais m’adresser. À ceux qui vous soutiennent parce qu’ils vous ressemblent, parce que, comme vous, ils ont trempé leurs nez dans les mêmes bassines de coke et participé à des soirées où il faut savoir dépasser les limites pour être accepté, reconnu, adoubé, glorifié, “débridé”.
Depuis très longtemps, je pense que le monde que vous représentez préfigure la lie de notre société. Pour ce que vous faites bien sûr, mais surtout pour ce que vous êtes. Des imposteurs en quelque sorte, qui offrez à ceux qui vous applaudissent l’image de ces prescripteurs de conscience, troubadours vénérés, promoteurs d’une vérité qui emprunte davantage à l’indécence qu’à la probité.

Combien comme vous, dans les cimaises du pouvoir et de la célébrité, du côté de Lutèce, trichent impunément avec la réalité ?
Donneurs de leçons car autorisés par la renommée, vous êtes nombreux à nous conseiller, depuis quelques temps, sur le candidat que nous devrons préférer, sur le vaccin qu’il faut administrer, sur le climat qu’il faut défendre, sur le cinéma où nous devons, pour vous sauver, absolument retourner. Pour nous convaincre, vous signez des pétitions, vous passez à la télé, vous pleurnichez, parfois, quand vos carrières sont en danger.
Et puis, le soir venu, vous vous retrouvez dans l’entre soi des privilégiés du côté de cette antichambre capitonnée et insonorisée qui fait et défait le succès des artistes de variété. Vous avez en commun, non pas le talent, mais quelques fournisseurs attitrés que les amis de vos amis vous ont chaudement recommandés. Ensuite, arrive le temps du pardon où certains dans votre entourage évoquent la malédiction des addictions dont vous ne pouvez vous dépêtrer.

Le problème, voyez-vous, c’est qu’en définitive vous représentez tout ce que nous ne voulons pas regarder. Vous êtes l’exemple à ne pas suivre et vous êtes pourtant celui que le monde culturel, de surcroît en connaissance de cause, il n’y a pas si longtemps encore, soutenait et applaudissait.
Comprenez, monsieur, qu’entre ce que nous vivons au quotidien et l’impunité dont vous avez, jusqu’ici, bénéficié tout en consommant des substances illicites, le fossé sera très difficile à combler.
De cette comédienne, égérie millionnaire de quelques parfumeurs, qui nous incite à moins “consommer” à ceux qui passent leurs vies dans des aéroplanes en nous invitant à sauver la planète, en passant par ceux qui, comme vous, jouent la comédie pour nous expliquer qu’il ne faut surtout pas leur ressembler, vous êtes celles et ceux que nous ne devons plus fréquenter, soutenir, aduler, respecter.
Que la détresse touchant ceux que vous avez eu le malheur de croiser aide ceux qui en doutent encore à s’en persuader.

2 réflexions sur “Lettre à celui qu’ils ont toujours protégé [par Jean-Paul Pelras]

    • 17 février 2023 à 9 h 14 min
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      Sincère profond et vrai
      Ce sont des mots que nos enseignants pourraient transmettre à tous les enfants éblouis par ce monde médiatique factice toxique et pernicieux
      Bravo

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