Lettre à « 12.5% » (Par Jean-Paul Pelras)

Dans le Jacassin, Pierre Daninos, considérant la composition du corps humain, se demande comment l’on peut demander à 90 % d’eau de payer un tiers provisionnel. Une citation qui inspira cette correspondance adressée pour la toute première fois à un pourcentage. 12.5 % donc, représentant, si l’on tient compte du nombre de votants appelés aux urnes, le score respectivement obtenu par les deux vainqueurs du premier tour législatif. Comprenez, pour faire court, la coalition imaginée par Mélenchon et le parti dirigé par Macron.

Par conviction, par défaut, par dépit, 12,5 % des électeurs, et non 25 % car il faut tenir compte du taux d’abstention historique pulvérisant les records précédents, ont donc choisi les Nupes ou les Renaissants. Pas de quoi, vous en conviendrez, sabrer la roteuse ou danser la carmagnole jusqu’au 14 juillet.

En revanche, ceux qui avaient, dimanche soir, la victoire prétentieuse peuvent se demander sans délai d’où vient cette désaffection pour les urnes, ce dégout pour la politique, cette aversion pour le député. Afin d’apporter quelques éléments de réponse à celles et ceux qui feignent de pas comprendre ou qui ne veulent toujours pas reconnaître la portée de leur incurie, je leur suggère de revisionner les débats télévisés diffusés lors de cette soirée électorale.

Qui peut, en effet, être encore intéressé par l’opinion de Ségolène Royal, de Cohn Bendit, de Collard, de Ferry, de Le Foll, de Dati, de Ferrand, et autre Blanquer ou Castaner, politiciens rangés des voitures ou opportunistes désespérément agrippés au bastingage d’une vie publique totalement déconsidérée ? Un bal des loosers où bon nombre d’impétrants et de prétendants vont parfois devoir choisir entre une ode à Castro et une valse de Vienne.

L’équation est posée car, même si la porte-parole du gouvernement a fait savoir lundi que « Face à la Nupes pas une seule voix ne devait aller au RN », Macron devra (peut-être) dire clairement pour qui voter dans les 58 duels qui vont opposer le parti de Le Pen à « l’union des gauches ». Tout comme Mélenchon devra (peut-être) donner ses consignes dans les 113 circonscriptions où l’Extrême droite se retrouve face aux Marcheurs du président en exercice. Idem pour Les Républicains qui seront confrontés 25 fois au Rassemblement national dimanche prochain. Et là, forcement, messieurs 12,5%, on fait moins les malins, car il faut avaler son chapeau et s’affronter, de surcroit, 272 fois sur ce terrain où vous allez vous retrouver dos à dos.

Ou comment Macron va devoir promouvoir un extrême pour dézinguer un autre extrême et prendre la mesure du désastre dans lequel, à force d’atomiser les partis, il est en train de précipiter le pays. Et oui, le bricolage a ses limites, car le pouvoir c’est quand on peut, pas quand on veut !

Pour citer une fois encore l’excellent Daninos, disons que nous étions au bord du précipice et que nous venons de faire un grand pas en avant. Reste à savoir si les Français vont vouloir « offrir » encore longtemps une carrière et une indemnité qui peut facilement supporter les turbulences du pouvoir d’achat à des gens qui promettent tout ce qu’ils ne tiendront pas. Et qui n’ont, quoi qu’on en dise et quels qu’ils soient, contrairement à nous, aucune obligation de résultats.   

 

Jean-Paul Pelras

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