Lettre à Barbara Pompili, écologiste de téléréalité [par Jean-Paul Pelras]

Madame la ministre,
en septembre dernier, j’écrivais, dans Le Point, au Premier ministre pour lui signifier mon indignation concernant votre prise de position en faveur du mouvement dit des Coquelicots qui, rappelons-le, considère les tenants de l’agriculture comme étant des empoisonneurs. Une position partisane et de surcroit officielle, puisque vous avez vous même ratifié l’appel de ce mouvement si peu apprécié par ceux qui, loin des idéalistes donneurs de leçons, parviennent tout de même à nourrir 67 millions d’individus, 365 jours par an.
Et voilà que vous récidivez dans “Top Chef”, émission de téléréalité diffusée le 7 avril à laquelle vous avez participé en dégustant des plats écologiquement engagés. Il s’agissait d’une “épreuve verte” tournée au ministère de l’Environnement pendant le confinement de novembre, en présence du chef Mauro Colagréco. Au menu : tartare de fourmis, larves de grillons et insectes en tacos. L’occasion pour vous de diaboliser une nouvelle fois l’utilisation des pesticides.
Votre vision à l’égard des pratiques agricoles étant, à ce titre, bien réductrice, car ces phytosanitaires, que vous condamnez à la moindre occasion, permettent de sauver, est-il nécessaire de le rappeler à un membre du gouvernement, les cultures menacées par les maladies et les ravageurs tout en garantissant, loin des théories de salon et dans le respect des normes imposées, une autosuffisance alimentaire aux populations.
L’écologie que vous défendez, à l’instar de celle promue par quelques maires “nouvellets” pourfendeurs du sapin de Noël, du Tour de France ou de l’aviation, relève d’un dogmatisme inquiétant. Car, en jetant l’opprobre sur l’agriculture conventionnelle, vous impactez la compétitivité de ce secteur déjà suffisamment malmené par le jeu des distorsions internationales. Mais aussi par celui des importations qui usurpent impunément nos marchés traditionnels. Continuez, madame, à accabler le modèle paysan français comme vous le faites, en souscrivant aux lobbies environnementalistes avec une complaisance ministérielle qui relève de la caricature et vous porterez une part de responsabilité quand, et cela ne saurait tarder, adviendra le déclin de l’agriculture française.
Une profession scrutée de toute part puisque du Grand débat sur l’agriculture, avec seulement 2 paysans pour 134 participants, aux émissions à charge, en passant par les mouvements antispécistes ou végans et la mobilisation de quelques photographes renommés ou autres artistes de variétés, vous êtes désormais de plus en plus nombreux à vouloir prendre l’outil des mains du paysan. Cette ingérence dans le métier et les menaces qu’elle va susciter dans le monde de l’élevage lorsque vous dites sur Twitter “Plus de végétarien dans nos cantines, il en faut, j’y travaille !” résume assez bien votre motivation personnelle.
Une ministre de la République, en s’inspirant de ses idéaux, n’a pas à influencer, en intervenant comme vous l’avez fait sur un plateau de télévision, les choix du consommateur, quel que soit son âge ou son statut social. Car si l’ambition de nos élus se résume à faire manger des insectes et du tofu à leurs ressortissants, permettez-moi d’emprunter ici cette citation à l’écrivain Pierre Daninos : “Nous étions au bord du précipice, nous venons de faire un grand pas en avant.”
À l’heure où le secteur de l’élevage est menacé par la reforme des soutiens, à l’heure où la crise impacte la quasi-totalité des filières agricoles, à l’heure où vignerons, arboriculteurs et maraichers s’apprêtent à connaître une année sans récolte consécutivement aux dégâts causés par le gel, il serait bon, Madame la ministre, de lever un peu le pied sur la stigmatisation d’un secteur dont le rôle nourricier, social et économique, vous le savez peut être, n’est plus à démontrer.

Cette lettre a été diffusée sous forme de tribune dans le journal Le Point du 9 avril.

Photo Wikipedia

Pmau, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

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