Le “en même temps” des riches et celui des autres [par Jean-Paul Pelras]

C’est à se demander jusqu’où ils vont pousser l’arrogance, la provocation, le mépris. C’est à se demander jusqu’où ira leur impunité, leur immunité. Selon l’ONG britannique Oxfam, depuis 2020, la fortune des milliardaires a augmenté de 5 000 milliards de dollars, pour atteindre son niveau le plus élevé à ce jour, soit 13 800 milliards. Une manne obtenue en partie grâce aux politiques publiques mises en place lors de la pandémie. En clair, les plus riches parmi les riches ont bénéficié du ruissèlement suscité par les aides d’État injectées dans les entreprises pour relancer l’économie. Des soutiens massifs et inédits qui ont donc profité, grâce aux participations financières ou immobilières détenues en bourse, à de nombreux actionnaires. Ou comment l’impôt des uns a fini par revenir dans l’escarcelle des autres, dont certains sont tout de même réputés pour maîtriser à merveille l’évasion fiscale.

Dans le “même temps” Oxfam nous apprend que 160 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté. Un détail pour ces rupins des temps modernes avec, sur la plus haute marche du podium et 268 milliards d’euros, Elon Musk “spationaute” et PDG des voitures électriques Tesla. Arrive ensuite Jeff Bezos, patron d’Amazon. Les environnementalistes noteront, à ce propos, qu’ils servent un peu plus chaque jour l’intérêt du premier en assurant la promotion du tout électrique alors que, toujours dans le “même temps”, ils pourraient se pencher sur les activités du second, lequel moyennant une fortune de 188 milliards d’euros, inonde la planète de petites et grosses boites en carton.
Deux individus qui, comme je l’écrivais dans une précédente correspondance, sont devenus les ambassadeurs interstellaires des disparités sociales, les pionniers milliardaires des inégalités spaciales. Plus près de nous (si l’on peut dire) et toujours “en même temps”, Bernard Arnault (LVMH) trône en troisième position avec 178 milliards d’euros (ou 186 Mds de dollars), talonné de près par ceux qui le valent bien dont Françoise Bettencourt Meyers (L’Oréal) avec 93,6 Mds € et les frangins Wertheimer (Chanel) pour 65,8 Mds €. Soit au total, si l’on additionne les fortunes de ces trois familles, 337,40 milliards d’euros.

Un pouvoir d’achat grignoté par des taxes qui se nourrissent de l’inflation

Il faut rajouter à cela les 1 000 milliards détenus par les 500 familles les plus riches de France et préciser qu’en dix ans le nombre de milliardaires à plus que doublé dans notre pays puisqu’il est passé de 51 en 2011 à 109 en 2021.
En même temps ? Et bien en même temps, le déficit public atteint des niveaux historiques avec une dette avoisinant 2 800 milliards d’euros alors que l’inflation bat elle aussi des records avec la hausse des prix concernant la quasi-totalité des biens de consommation et la hausse des taxes qui lui est mécaniquement corrélée. Des taxes qui, comme le prévoit la loi de finances 2022, devraient coûter au contribuable français 320 milliards d’euros dont 97,6 Mds € de TVA, 82,4 Mds € d’impôts sur le revenu, 39,5 Mds € d’impôts sur les sociétés, 18,4 Mds € pour la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et 54,4 Mds € en autres impôts directs ou indirects. Soit au total et à quelques milliards près, l’équivalent de ce que possèdent nos trois plus gros capitalistes français.

Des fortunes colossales, à faire pâlir de jalousie toutes les monarchies de l’histoire de France, qui continuent de prospérer alors que la finance n’en finit plus d’afficher son insolence et que le pouvoir d’achat n’en finit plus de dégringoler. Un pouvoir d’achat grignoté par les taxes qui se nourrissent de l’inflation puisque, à titre d’exemple, lorsque le carburant était à 1,30 € la taxe (environ 60 %) avoisinait 0,78 €. Lorsqu’il coûte 1,60 €, elle grimpe à 0,96 € et ainsi de suite avec tous les biens de consommation et une amplitude qui va de 5,5 % à 20 % pour la TVA, qu’elle s’applique au paquet de pâtes comme à la voiture, à la prestation de l’artisan comme à la paire de chaussures. Le principe des vases communicants n’a jamais été aussi pervers, puisque plus nous payons, plus nous sommes appelés à contribuer. Mais heureusement, le gouvernement vient de nous donner de quoi espérer, le Livret A vient d’augmenter !

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