La bio dans le creux de la vague ? [par Yann Kerveno]

Avec certaines de ses filières en surproduction, la bio semble marquer le pas. Sommes-nous à un tournant ?

L’information fait les gros titres de la presse spécialisée, fait ricaner ceux qui n’y croient pas, provoque de la perplexité chez les autres. Le marché de la bio semble marquer le pas. Au moins la consommation de produits bios. Dans un récent article publié sur son blog, Bruno Parmentier revient sur cet accroc dans une croissance que certains ont vu infinie. Il rappelle que le chiffre d’affaires de la bio a chuté de 3 % l’an passé, tiré vers le bas par les produits frais dont certains arrivent à saturation. C’est le cas pour le lait et les œufs dont il fut question toute l’année dernière dans l’actualité. Au point que, face à une consommation en baisse, la production a quand même augmenté de 12 % et que 30 % des volumes ont été vendus déclassés.

Il rappelle ensuite que c’est une chose de consommer des produits bios de loin en loin mais que c’en est une autre de ne consommer QUE des produits bios, approche radicale qu’il estime gourmande “en temps” mais surtout en finances. Une remarque corroborée par les résultats 2021 de l’observatoire de l’association Familles Rurales (dont nous nous sommes fait l’écho dans notre rubrique Pas si simple #5 il y a deux semaines). Étude qui montre qu’un panier alimentaire pour un mois pour quatre personnes revient au double du prix du même panier en marque distributeur.

La GD fera le prix ?

Président du Civam Bio des Pyrénées-Orientales, Mathieu Maury reste interloqué devant ces chiffres publiés par Familles Rurales. “Si la part qui revient au producteur est bien de 15 à 20 %, c’est à se demander où va la marge” fait-il remarquer. “C’est à se demander finalement si nous sommes toujours plus vertueux que le conventionnel alors que c’est un modèle que nous ne voulions pas reproduire ! Celui où la grande distribution fera le prix.”
L’emprise de l’aval se renforcerait-elle ? Il y a peut-être de cela reconnaît-il. “On l’a vu récemment à l’Agence bio dont la composition a été modifiée avec l’ajout de deux sièges, un pour la Fédération du commerce et de la distribution (FCD ndla) et pour le Synadis, syndicat des magasins de détail bios. Notre proposition d’équilibrer en ajoutant deux sièges pour les associations de consommateurs a d’ailleurs été repoussée” regrette-t-il.

Agneaux au top

Si les produits laitiers et les œufs sont les principaux produits concernés par un important décrochage, les productions locales et régionales sont-elles touchées ? “Alors, nous avons eu des problèmes en début de saison avec les prix du kiwi bio, ils ne sortaient pas mais globalement il y a eu des baisses de prix. Avec une constante, plus il y a d’intermédiaires, plus le prix payé au producteur baisse” relève-t-il.

Pour la viande, la situation est différente. “Pour les agneaux par exemple, avec la baisse des importations des pays du Commonwealth suite au Brexit, les prix ont gagné 50 % en quelques semaines.” Pour les bovins en bio, ce n’est pas tant les prix qui font obstacle, le label rouge est aujourd’hui quasi au même prix que la bio, que les évolutions réglementaires entrées en vigueur au début de cette année. Évolutions voulues pour renforcer le lien au sol des élevages bios et renforcer en parallèle le bien-être animal.

10 à 15 % de “déconversions”

“Pour certains éleveurs, l’aménagement des étables pour garantir un accès extérieur même pendant la finition peut représenter des coûts importants, nous craignons que 10 à 15 % des éleveurs bios reviennent au conventionnel dans les mois qui viennent si aucune adaptation n’est acceptée.” Une perspective qui tombe mal. L’entrée en vigueur de la loi EGAlim, qui implique que les cantines doivent désormais se fournir à 50 % en produits bios ou locaux, “provoque des pénuries dans certains départements” explique-t-il. Et pour les mois qui viennent ? Mathieu Maury reste prudent, le début de la campagne de fruits d’été sera riche d’enseignements.

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