Ferme de Ro : un couple et deux passions ! [par Thierry Masdéu]

Voilà près d’un demi siècle que la famille des Jordana, éleveurs à Ro de pères en fils, ont marqué de leurs empreintes ce coin de Cerdagne, tout proche du village de Llívia, berceau natal du grand-père Josep et de son fils Jordi.

Exploitation familiale qu’à ce jour, Marc, troisième du nom, a définitivement orientée vers une spécialisation de naisseur et sélectionneur de race pure de vaches Aubrac. Gabarit modéré, aplombs solides, peu exigeante en matière de nourriture, bonne fertilité, vêlage facile, la beauté et rusticité de cette race bovine offre à l’éleveur de nombreux atouts en qualité d’élevage et d’arguments commerciaux. Sur la centaine de mères allaitantes qui compose son troupeau, la moitié est destinée à la vente pour l’élevage, et la partie restante lui assure le renouvellement. Pour les mâles broutards ils intègrent aussi le marché du circuit maigre. Seuls quelques sélectionnés avec l’UPRA (Association pour la sélection de la race bovine d’Aubrac) sont gardés pour en faire des taureaux. En somme un élevage totalement dédié à la génétique et adapté à la taille de l’exploitation. “La configuration des lieux ne me permet pas d’assurer l’engraissement des bêtes” souligne Marc, “les bovins sont vendus lorsqu’ils atteignent une moyenne de poids de 280 kg.”
Un marché qui, cette année, vu les conséquences du premier confinement et de l’actuel, risque d’impacter directement ses revenus. “Ces derniers jours, le prix des broutards annoncé sur les marchés est à la baisse, – 0,30 cts le kg, voir plus” manifeste avec crainte l’éleveur, “la demande en viande a chuté, notamment au niveau de la restauration. Je ne peux pas me permettre de garder les bêtes et attendre de meilleur cours ! Continuer à bien nourrir l’animal, ne pas être à l’abri d’une intervention du vétérinaire, tout cela ne ferait qu’alourdir mes charges. C’est un point faible et au moment des transactions les acheteurs le savent ! On essaye de négocier mais ils ont toujours le dernier mot…” Toutefois, le point fort réside sur le marché de la reproduction, où l’éleveur reprend les rênes de la négociation en valorisant sa vache ou son taureau.

Adapter l’activité du centre équestre aux contraintes des confinements successifs…

À la “Ferme de Ro” on trouve également une toute autre activité. Car ici, dans cette enceinte à l’architecture de bois, l’étable côtoie aussi un paddock, une carrière, un grand manège couvert et l’écurie d’une trentaine de chevaux du centre équestre “Cerdagne Équitation”, qu’Ida, l’épouse de Marc, dirige avec passion. Partage de surface mais surtout conjugaison des talents, où l’entraide du couple permet d’accomplir les tâches des deux activités. Si, jusqu’à présent, le centre proposait une activité d’école d’équitation des plus classique, allant du débutant à la compétition, les suites du premier confinement ont obligé Ida à procéder à un recentrage : “L’activité club a été stoppée, seule l’écurie de propriétaires, qui représente maintenant les 3/4 du haras, est conservée ainsi que quelques chevaux de concours de très bon niveau qui sont proposés en location pour des cavaliers de compétition” précise la dirigeante des lieux, “c’est une clientèle fidèle, bien plus passionnée, motivée et qui consomme”. L’abandon de la partie club est une tendance qui se généralise chez la plupart des centres équestres où, après confinement, le constat fait apparaître, comme pour “Cerdagne Équitation” une baisse de 40 % de cette clientèle.
Une orientation qui, avec ce deuxième confinement, ne fait que conforter ce choix et plonge à nouveau le couple Jordana dans une surcharge de travail pour subvenir aux besoins vitaux et physiques de leurs pensionnaires équidés. Situation qui commence à peser très lourdement sur les trésoreries, comme les mesures sanitaires qui interpellent à nouveau toute une profession et la Fédération française d’Équitation (FFE) concernant les fermetures administratives des 9 500 structures équestres de l’hexagone. Toutefois, des échanges se poursuivent encore avec le Gouvernement pour envisager un protocole qui permettrait, durant ce deuxième confinement, l’autorisation de certaines activités.

Contact : La Ferme de Ro – Élevage Aubrac : Marc 06 12 29 09 08 – Équitation Cerdagne : Ida  06 03 56 37 26

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.