Et maintenant, le “Pass” assurance ! [par Jean-Paul Pelras]

Est-ce que quelqu’un a demandé, jeudi dernier, lors de sa visite dans le Var, à Emmanuel Macron ce qu’il avait voulu dire, une semaine auparavant lors du Congrès de l’Union internationale de conservation de la nature, avec cette petite phrase : “Je veux que sur ce sujet des pesticides, la présidence française de l’Union européenne porte, et je m’y engage ici, une initiative forte, avec tous les collègues, de sortie accélérée des pesticides” ?
Est-ce que quelqu’un lui a demandé ce que voulait dire sa ministre de l’Écologie Barbara Pompili, deux jours auparavant lors du Congrès mondial de la bio, avec cette petite allusion : “Il faudrait un ministère de la Transition écologique dans chaque pays et il devrait inclure l’agriculture, j’en suis persuadée” ?
Est-ce que quelqu’un a questionné le premier d’entre nous sur l’inauguration, le 6 septembre dernier, du plus grand “Campus agricole du monde” porté par le milliardaire Xavier Niel, également promoteur du steak végétal, par Audrey Bourollleau, ancienne conseillère à l’agriculture d’Emmanuel Macron himself et dirigé par Francis Nappez, ancien de chez Blablacar et du site de rencontres Meetic ?
Certainement pas, puisque, de toute évidence, il fut question ce jour-là “d’assurance récolte à la française”. Un “système simple” imaginé par le député Frédéric Descrozailles, ancien directeur de JA qui déclarait l’an passé qu’un agriculteur “pouvait vivre bien avec 350 euros par mois”.

Mais revenons à notre projet d’assurances : “On va mettre 600 millions d’euros par an en moyenne pour le financer” déclarait Macron (…) « Les agriculteurs victimes d’aléas climatiques auront un interlocuteur unique pour demander leur indemnisation (…) Nous allons accompagner avec une subvention la prime à l’assurance…” Et là, la quasi-totalité des médias s’empare de l’annonce, sans pour autant aller chercher la calculette dans le tiroir du buffet, comme devront certainement le faire beaucoup de paysans dès qu’ils seront confrontés à un énième sinistre. Dès qu’ils s’apercevront que le vieux système des calamités agricoles aura fait long feu.

Calculettes et cacahuètes…

Pour s’en convaincre, il faut consulter la note publiée par le ministère de l’Agriculture en mai dernier. “Le constat est clair : notre système d’indemnisation des pertes liées aux aléas climatiques est à bout de souffle. Parce qu’il ne couvre pas assez d’agriculteurs : le taux de diffusion de l’assurance est encore trop faible et l’exclusion de cultures du régime des calamités agricoles laisse sans réponse des pans entiers de l’agriculture française en cas d’évènement climatique majeur. (…) Il s’agit de créer un régime universel d’indemnisation du risque climatique : tous les agriculteurs, quel que soit le type de culture, qu’ils soient ou non assurés, bénéficieront de l’intervention de l’État en cas d’aléas exceptionnels. C’est une révolution. En parallèle, l’assurance multirisques climatique subventionnée sera rendue plus attractive, afin de généraliser l’assurance à terme. Cela se traduira par un doublement du budget public, dédié à la subvention à l’assurance et à l’indemnisation des pertes de récoltes, pour passer d’environ 300 à 600 millions d’euros par an (…) En contrepartie de l’intervention renforcée de l’État, tant au niveau de la subvention à l’assurance qu’au niveau de l’indemnisation des pertes : les agriculteurs seront incités à souscrire une assurance : l’indemnisation de l’État sera ainsi plus généreuse pour les assurés ; l’assurance sera plus fortement régulée pour que tous ceux qui veulent s’assurer puissent le faire. Plus les agriculteurs joueront la carte de la prévention, plus l’assurance sera attractive.”

Un texte qui devrait donc être voté avant la fin de la mandature actuelle, salué par de nombreux responsables syndicaux issus principalement du tandem FNSEA-JA. Un “Pass” assurance, en quelque sorte, qui vise à inciter les agriculteurs réticents à franchir le pas. Reste à savoir ce que contient le “vaccin”, ce qu’il va coûter à l’agriculteur, ce qu’il va rapporter aux “laboratoires” et dans quelles proportions il va protéger le paysan, non pas contre le sinistre, mais contre la perte d’exploitation.
Christiane Lambert et Jérôme Despey ont-ils applaudi trop vite ? L’avenir nous le dira, sachant que le milliard annoncé au printemps dernier pour secourir les sinistrés du gel (avec une perte 4 fois supérieure à cette somme…) n’est pas encore arrivé dans les trésoreries, sachant qu’il y avait peut-être un peu du candidat derrière le président, sachant que les réponses aux questions posées au tout début de ce propos pourraient coûter au monde paysan bien plus qu’une “promesse” à 600 millions d’euros par an, nous pouvons tout de même nous interroger sur “l’intention qui fait la valeur du don”.
Mais j’importune tout le monde avec mes questions. Allez, direction le buffet, l’autre, pas celui des calculettes. Toasts, cacahuètes et rosé bien frais. Protocole oblige et satisfécits en vue, il faut voir le verre à moitié plein, toute méfiance bue.

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