Coûts de l’énergie et des matières premières : les carrossiers redoutent le carambolage économique ! [par Thierry Masdéu]

Avec leurs ateliers énergivores, une majorité d’artisans carrossiers indépendants ou multi-agréés subissent également la crise de la hausse des prix de l’énergie. Entre les cabines de peintures pour le séchage et leurs outillages, nombre d’entre eux, ayant du renouveler pour 2023 leurs contrats électriques supérieurs à 36 kVa, sont confrontés à des coûts mensuels qui affichent, suivant les cas, des coefficients multiplicateurs de 300 % à 700 %.

Électricité, gaz, cette charge d’exploitation qui, jusqu’à présent, n’était pas l’une des plus importantes de la profession, est en passe d’égaler, voire de dépasser de + 10 % celle du poste main d’œuvre. Des coûts énergétiques auxquels viennent se greffer des prix exorbitants sur les pièces neuves de rechange des constructeurs, ainsi que les augmentations des peintures et vernis. Des additions qui, au final, laissent une marge infime pour la stabilité économique de ces entreprises aux carnets de commandes bien remplis. Un contexte qui préoccupe sérieusement Stéphane Chalmel, président départemental des carrossiers des P.-O.

Préparation de véhicule à la Carrosserie pianencque Diégo Léon & Fils.

“Produire de la carrosserie nous coûte très cher car il nous faut de l’espace, du matériel, des pièces, de la main d’œuvre qualifiée, de l’énergie… Et je crains des fermetures de rideaux ! Notamment chez la plupart des carrossiers agréés, car ce sont des entreprises qui margent généralement à 2 % ou 3 %, et sont souvent en limite de rentabilité !” rappelle avec inquiétude ce chef d’entreprise perpignanais, membre du conseil d’administration de la Fédération française de carrosserie (FFC) Mobilité Réparation et Services. “Alors, pour ces entreprises-là qui n’auront pas forcément les moyens de répercuter ces coûts énergétiques, car majoritairement les assurances refusent d’augmenter les barèmes de leurs tarifs, on s’attend, malheureusement, à ce qu’il y ait de la casse !”

Diégo Léon.

En contrat pour encore une année, la “Carrosserie Pianencque” multi-agréée Diégo Léon & Fils a tout de même bon espoir que, d’ici là, au renouvellement de son engagement avec son fournisseur d’énergie, le climat tempétueux des prix démesurés du marché retrouve une certaine sérénité. “Pour cette année, on a la chance de ne pas être encore impacté ! Mais aujourd’hui, on entend dire que des réacteurs du parc nucléaire français redémarrent, je constate que la pénurie électrique annoncée pour cet hiver semble aussi s’éloigner, alors j’ai vraiment du mal à imaginer que ces multiplications aberrantes du prix du kW/heure persistent dans la durée !” évoque, avec une pointe d’optimisme, Diégo Léon qui a tout de même, comme son confrère Stéphane Chalmel, investi depuis quelques années sur des machineries et cabines les moins énergivores possible.

Dispositifs d’accompagnement inégaux et inadaptés

Robert Bassols

Si le répit d’une année est de mise pour ces deux professionnels, pour d’autres, qui ont renouvelé leurs contrats dans la catégorie plus communément dénommée “Tarifs jaune”, le couperet est tombé. Artisans carrossiers ou tout autre corps de métier, dépendants fortement des sources d’énergies, s’attèlent désormais à la recherche et montages de dossiers pour bénéficier, suivant les profils, d’une ou plusieurs aides annoncées par l’exécutif. TICFE, ARENH, l’amortisseur électricité, le guichet d’aide au paiement des factures de gaz et d’électricité ou encore le PGE Résilience, des mesures en cours et d’autres à venir, qui s’avèrent être, pour les artisans, de vrais casse-têtes. Un parcours du combattant à l’éligibilité que déplore Robert Bassols, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat des P.-O. “Avec cette panoplie d’aides, on détourne le travail des artisans en les transformant en chasseurs de primes ! Ce n’est pas sérieux, ce n’est pas du tout ça leur vocation ! Ils ne doivent pas être déviés de leur mission principale qui est de produire des richesses par le fruit de leur travail !” déclare ce représentant de l’artisanat et président de la Fédération nationale de l’automobile (FNA). “Entre l’État qui propose ses dispositifs d’accompagnement, la Région et le Département qui proposent les leurs et qui sont souvent cumulables, il faut arrêter cette conduite car on va incontestablement au-devant d’inégalités ! L’exécutif fait fausse route avec cette stratégie d’aides à tout va pour les entreprises et doit prendre ses responsabilités en faisant front directement à la source ! Tout comme il a fait pour les particuliers, avec le bouclier tarifaire, en fixant sur un calendrier des augmentations acceptables et assumables par les entreprises !”

Des propos débattus le 23 décembre dernier en préfecture où Robert Bassols avec ses homologues des autres Chambres consulaires des P.-O. ont soumis également au préfet de proposer au gouvernement la mise en place d’un moratoire de 3 à 6 mois sur les contrats de plus de 36 kVa, fraichement renouvelés. Une temporisation qui permettrait aux entreprises concernées, en fonction de l’évolution du marché des prochains mois, de ne s’acquitter que de surcoûts énergétiques raisonnables. Un message de toute urgence que ces représentants du secteur économique souhaiteraient voir rapidement se concrétiser. À suivre…

Thierry Masdéu

Contacts : Carrosserie Chalmel, Stéphane Chalmel – Tél. : 04 68 61 06 04 – atelier@chalmel66.fr
Carrosserie Pianencque, Diégo Léon Tél. : 04 68 63 51 42 – leon.diego@wanadoo.fr

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