Coût de l’énergie : très inquiet, le secteur de la boulangerie pâtisserie appréhende l’année 2023 ! [par Thierry Masdéu]

Avec un budget de douze milliards d’euros “l’amortisseur électricité”*, nouveau dispositif d’aides gouvernementales dévoilé par l’exécutif le 27 octobre dernier, entrera en vigueur en date du 1er janvier prochain. Sera-t-il suffisant. Rien n’est moins sûr !

Cette mesure à destination des TPE, PME, ETI et autres entités comme les collectivités territoriales, hôpitaux ou associations, qui n’étaient pas éligibles au “bouclier tarifaire” devrait, selon le ministre de l’Économie et des Finances, alléger leurs factures d’électricité. Plus précisément sur la partie tarifaire qui est tributaire des prix sur le marché. C’est sur cette tranche, qui fait l’objet de toutes les spéculations et plombe les économies européennes, que le gouvernement souhaite prendre en charge 25 % de la consommation électrique des contrats situés à un prix base de 325 € et dont le plafond n’excède pas les 800 € le mégawatheure (MWh). Cette ristourne qui, selon les données chiffrées par le même ministre Bruno Le Maire, représenterait au maximum – 120 € par MWh, sera déduite automatiquement sur les factures. Seront donc éligibles les entreprises qui ont déjà signé ou qui sont sur le point de le faire avec leurs fournisseurs d’énergie, des contrats compris entre ces sommes.

Si, sur le papier, cette subvention d’État doit permettre de sauver des entreprises et maintenir à flot certaines activités, de facto déficitaires, une question hante de jour en jour le milieu entrepreneurial : doit-on se laisser emprisonner par ces augmentations incongrues et incompréhensibles des tarifs spéculatifs de l’énergie ? C’est notamment le cas chez les artisans boulangers pâtissiers, majoritairement éligibles à cette nouvelle aide, qui manifestent une grande inquiétude pour le devenir de la profession. “Ce qui est rageant, c’est que nous sommes tous des artisans, on a créé nos entreprises, on a coché toutes les cases, on a fait des crédits, on a fait le maximum pour fidéliser notre clientèle, on a embauché du personnel, formé des jeunes, payé nos impôts… Et puis voilà, tout d’un coup, on nous change les règles du jeu et il faut que l’on y adhère, sans avoir d’alternative à ces monopoles des marchés ! Et que l’on ne vienne pas nous infantiliser en nous rappelant des règles de sobriété énergétique, car il y a belle lurette qu’elles font parties de notre ADN de gestionnaires !” tempête avec amertume Romuald Cerezo, président de la Fédération de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie des P.-O.

Factures démesurées, certaines entreprises baissent le rideau

“Bien évidemment, ces soutiens seront les bienvenus, mais ce que nous souhaitons c’est de pouvoir vivre de notre travail, de notre passion, de notre savoir-faire et pas de se retrouver à quémander de l’aide !” D’autant que, pour certaines entreprises, les augmentations de la facture énergétique sont si démesurées que la rentabilité de l’exploitation n’est plus viable, même avec cette promesse d’accompagnement du ministère de Bercy.
“En moyenne, l’augmentation des factures a été multipliée par 2,5 voire 3, mais certains de nos collègues se sont retrouvés avec un multiplicateur par 10, par 8, ou par 6 !” témoigne avec une très grande inquiétude Romuald Cerezo, dirigeant de “La Boulangerie de Romuald” à Salses-le-Château, à qui son fournisseur d’électricité vient d’annoncer pour 2023 une multiplication par 4 de sa facture énergétique.

Cette volatilité incontrôlable des spéculations énergétiques, qui s’ajoute à celle de l’augmentation constante des matières premières, fait craindre à ce président départemental de nouvelles défaillances d’entreprises. “Pour éviter de se noyer davantage dans des factures impayées, c’est la mort dans l’âme que certains de nos confrères ont déjà, depuis le début d’année, baissé le rideau et malheureusement cinq autres le feront ce mois-ci !” L’incertitude vers laquelle s’achemine la profession ébranle fortement ce corps de métier qui, avec ses 30 000 entreprises sur l’hexagone, est aussi un grand pourvoyeur d’emplois. Un alourdissement des charges d’exploitation qui peut très difficilement être compensé par une augmentation systématique et récurrente de plusieurs centimes sur les pains, viennoiseries ou gâteaux, sans que ces derniers ne deviennent, en définitive, que des produits de luxe… La solution à ce déséquilibre financier se niche certainement ailleurs…

Contacts : Fédération de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie des P.-O. : 04 68 34 59 34 – https://www.boulangerie.org/contact-proche/departement/66/
Romuald Cerezo – La Boulangerie de Romuald : 04 68 38 60 40

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