Capacité d’indignation ! [par Jean-Paul Pelras]

Cette semaine, nous avions donc au programme le décès de la Reine et le décès de la Reine. Puis le couronnement du Roi et le couronnement du Roi. Les jours qui arrivent nous réservant quelques joyeusetés du même acabit, à l’exception de l’excellente chronique de Jean-Marc Majeau (lire page 5) et n’ayant rien à dire sur Ségolène, nous avons donc décidé d’éviter les sujets royaux. Et ce, même si la Première ministre de la République française a demandé aux maires de mettre les drapeaux en berne. Ou comment notre pays aura baissé pavillon devant une monarchie pour la première fois depuis Napoléon.

Concernant l’actualité, arrêtons-nous quelques instants sur cette phrase empruntée à Agnès Pannier Runacher, ministre de la Transition énergétique : “Boycotter la Coupe du monde de football en raison de la climatisation des stades du Qatar serait sans effet sur les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. (…) Il y a des équipes qui se préparent depuis des années, cette décision a été prise dans un autre contexte climatique.” La ministre s’étant bien gardée, avec cette pirouette, d’évoquer le triste sort des milliers d’ouvriers ayant perdu la vie lors de la construction des stades où quelques “sportifs” multimillionnaires iront jouer à la baballe pour satisfaire les relations géopolitiques pétrolifères, guerrières, embarrassées et, de facto, climatisées.

Évoquons également le Conseil national de la refondation, voulu par Macron et piloté par Bayrou, tandem spécialisé dans la promotion de gadgets censés recycler quelques vieilles méthodes où l’on fait du neuf avec du vieux, entre poudre de perlimpinpin et poudre aux yeux. C’est à se demander d’ailleurs pourquoi certains syndicats, parmi lesquels la CFDT, la CPME et la FNSEA, ont accepté l’invitation. Oui, la FNSEA, alors que les consultations citoyennes précédentes avaient méprisé les représentants du monde agricole, avec des États généraux de l’alimentation davantage à l’écoute des distributeurs et des écologistes que des agriculteurs. Mais aussi avec un Grand débat sur l’agriculture mené par des experts en urbanisme auquel participaient seulement 2 paysans sur 134 contributeurs soi-disant tirés au sort.

Redéfinir les limites

Pourquoi, oui, pourquoi répondre favorablement à l’invitation de celui qui met en place tous les six mois une consultation citoyenne afin de contourner les instances syndicales, politiques et républicaines ? C’est à se demander, à ce titre, où est passée la capacité d’indignation de certains quand les relations entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont censés défendre les intérêts de la profession sont à ce point devenues perméables, pour ne pas dire malléables. Décliner l’invitation comme l’ont fait les partis d’opposition et certains syndicats ouvriers, parmi lesquels la CGT et FO, dans un contexte de vives tensions économiques et sociales, permet de redéfinir les limites et de redistribuer clairement les responsabilités de chacun. Souscrire systématiquement aux sollicitations, de surcroît totalement superflues et inutiles, du chef de l’État revient à diluer les contrepouvoirs existants. Mieux vaut parfois savoir refuser courageusement la soupe du lundi si l’on veut apprécier librement celle du mardi.

C’est dans ce contexte que l’automne s’avance, possiblement éclairé à la lanterne, avec son cortège de nobliaux qui essayent de séduire quelques trop accommodants subalternes.

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