L’antidote : Se souvenir des bons moments « Le cours des rivières » (Par Jean-Paul Pelras)

Depuis quelques temps, avec beaucoup de bienveillance, certains me conseillent de ne plus évoquer le passé. J’ai donc choisi pour illustrer cette pensée journalière  de vous parler de l’eau et de cette source où, au coin de notre petit pré, pousse un peu de cresson. Certains étés la source donnait moins et mon beau père savait où il fallait se rendre dans la montagne pour lui redonner un peu plus de débit. Cent fois nous avons dit qu’un jour il fallait qu’il nous montre l’endroit. Le temps s’est écoulé et puis, un soir de février, le vieux mineur est parti pour trop longtemps, nous laissant seuls avec le mystère de la source. Quelques années plus tôt alors que je sillonnais, dans le Midi de la France, une parcelle longtemps restée en friche, mon père me conseilla de changer de sens parce que je ne suivais pas la bonne pente. Celle que l’eau devait emprunter naturellement. Celle que seuls les anciens connaissaient et que l’on ne pouvait distinguer à l’œil nu.  Il en va, je le crois, de l’eau et du cours des rivières comme de celui de l’histoire. Si nous perdons les repères, si nous oublions la réalité, si nous ne transmettons pas le savoir avec cette part consubstantielle de sensibilité qui demeure la part la plus profonde de l’homme, les sources vont se tarir. Et les chemins qui sont parfois ceux de nos libertés, risquent aussi de se refermer à jamais.

 

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