Les nouvelles ambitions de Fitou [par Yann Kerveno]

L’appellation veut miser sur le carignan pour se démarquer dans un marché compliqué. Explication avec Alain Gleyzes, président du cru.

Il fallait bien une soirée de gala pour annoncer le grand retour de la plus vieille appellation des rouges languedociens sur la scène. Ce renouveau s’appuie sur une nouvelle campagne de communication qui sera déclinée sur trois ans, au niveau local la première année, régional la deuxième et national la troisième. Avec un ancrage fort, le carignan. “Il y a plusieurs raisons à ce choix mais la première c’est que ce cépage, le carignan, est vraiment emblématique de notre appellation. Il peut figurer à hauteur de 60 % en production et jusqu’à 80 % dans les assemblages. Et nous sommes les seuls à faire cela, donc il est logique que nous nous servions du carignan, qui a été oublié ailleurs, pour marquer notre différence. Avec 50 000 hectolitres, nous ne pouvons pas faire la différence par le volume alors ça ne sert à rien de faire comme les autres, d’aller sur les mêmes marchés que les autres… Nous avons cet atout-là, le carignan à 14,5° et les grenaches pour faire de belles choses” explique Alain Gleyzes.

Millennials et découvreurs

L’étude marketing initiale qui a permis de remettre le carignan en selle a aussi déterminé quelles étaient les cibles prioritaires pouvant succomber aux charmes du Fitou. “Nous avons ainsi retenu deux catégories de consommateurs, les « millennials malins » et les « découvreurs curieux » que nous allons toucher essentiellement par les réseaux sociaux. Vers une clientèle jeune donc et qui n’a pas forcément d’a priori.” Et la communication à l’international ? “Je ne suis pas sûr que ce soir le rôle d’une appellation comme Fitou, il faut laisser cela aux grandes entreprises qui peuvent mobiliser des moyens pour cela.”
L’autre raison qui a présidé à ce recentrage sur le cépage phare de l’appellation, comme Cahors d’ailleurs a pu le faire avec le malbec, c’est son intérêt agronomique. “Le carignan est un cépage qui est bien adapté aux temps secs que nous connaissons, même si cette année, avec moins de 200 mm de pluie tombée depuis le début de l’année, il a pris cher comme les autres…” L’eau, le nerf de la guerre. “Pour notre appellation, ce sera vraiment le dossier majeur de ces prochaines années, il va falloir que nous puissions avoir accès à l’eau, il y a bien la réutilisation de l’eau des stations d’épuration, mais cela ne sera pas suffisant.”

Du neuf avec du vieux

Alain Gleyzes résume : le défi aujourd’hui, c’est de faire du neuf avec du vieux. “Il y a trop longtemps que nous n’avons rien fait pour la notoriété de Fitou, c’est cela qu’il faut corriger.” Et de regarder plus loin, au-delà en tout cas d’un plan marketing. “Il y a des évolutions que nous devons prendre en compte, la féminisation du métier, aujourd’hui les exploitations se transmettent aussi de père en fille. Il nous faut aussi comprendre que la vigne n’est presque plus un métier principal dans une carrière. Il va nous falloir prendre en compte l’obligation de verdissement de nos pratiques parce que nous sommes convaincus qu’il faut faire mieux en la matière.”
La soirée du 28 octobre a donc été le premier acte de ce réveil de l’AOC Fitou. La soirée gourmande organisée pour l’occasion, la cuisine était assurée par Lionel Giraud (Maison Saint-Crescent, deux étoiles Michelin), a permis à l’AOC de faire un chèque de 3 000 euros pour l’association Rêve de Gosse.

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