Le « bénéfice » du doute. Ou l’art de nous prendre pour des cons ! (Par Jean-Paul Pelras)

C’est un bruit de fond, une rumeur qui pourrait bien être celle des brisants et nous venir de ce bord de mer où la colère sourd des terrasses désespérément vides, des salles de restaurants désertées, des clubs de plage où personne ne sait s’il faut installer les portiques ou déposer le bilan.

Et puis il y a, un peu partout dans le pays, ces commerçants, ces artisans qui ne savent plus s’ils pourront rouvrir leurs boutiques, leurs ateliers, dire aux salariés quand ils pourront reprendre leurs activités.

Alors, le soir venu, ils écoutent le « 20 heures ». Et, là encore, ils ne savent plus qui, du scientifique ou du politique, est en train de diriger la France. Ces scientifiques que personne ne connaissait avant le mois de mars et qui passent 10 fois par jour à la télé pour dire et se contredire dans une surenchère cacophonique anxiogène (jusqu’à évoquer la peste …) ce qu’ils savent, ce qu’ils ne savent pas, ce qu’ils veulent, ce qu’ils ne veulent pas.

Et l’exécutif de s’exécuter, le doigt sur la couture du pantalon. Car ce qui prédomine depuis le début de la crise, ici comme ailleurs, c’est le principe de précaution. Ce principe de précaution derrière lequel s’abritent les gouvernements du monde entier alors qu’ils ne peuvent, pour la plupart, être considérés comme des parangons de vertu si l’on considère les actes manqués et le nombre de contrevérités recensés depuis le début de la pandémie. Des masques, plus de masques, des tests plus de tests, des respirateurs, bons, pas bons, on ne sait plus, des cours, plus de cours ou pas partout, pas tout le temps, des déplacements en région, puis peut être selon les départements, des déconfinements à géométrie variable selon l’age, le métier, le trajet, le moyen de transport, des files d’attentes interminables (où l’on voit deux personnes par véhicule …) devant les Mac Do, des devantures baissées ad vitam aeternam devant les bistrots, des gens qui se font choper parce qu’ils ont fait un kilomètre de trop pour aller au supermarché, d’autres qui, parce qu’ils ont ramassé trois morilles, doivent casquer 135 euros…

A l’heure ou la peur est en train de l’emporter sur la raison

Et cette dînette que le gouvernement est en train de mettre en place pour les cantines suscitant une telle confusion que beaucoup de parents préféreront garder leurs gosses à la maison, que les gosses, dans ce boustrophédon de mesures, ne sauront plus faire la différence entre ce qui relève de l’école et de la récréation.

A l’heure où la peur est en train de l’emporter sur la raison, l’économie du secteur privé, qui contrairement au secteur public n’a aucune garantie de rémunération, doit reprendre la main sans délai. Car, une fois l’orage passé, les grandes intentions pourraient rapidement se transformer en promesses de Gascon. Et l’équilibre des entreprises basculer dans l’oubli des circonvolutions administratives. Ces circonvolutions qui, à l’aune du temps qui passe, conférent aux statistiques, le pouvoir de faire oublier rapidement le sort de ceux qui au coin de la rue auront du plier boutique car leur « résilience » se sera transformée en résignation.

Cette crise est celle de toutes les spéculations, de tous les atermoiements, de tous les échecs. Son bénéfice sera celui du doute qui dessert l’économie et sert l’irrationnel. Cet irrationnel avec lequel les entreprises ne peuvent plus composer. Cet agenda imprécis et aléatoire qui, depuis Paris, dicte le tempo des territoires. Ce bricolage surréaliste qui exacerbe les impatiences et qui n’est plus digne d’un pays comme la France.

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