(Im)posture jupitérienne [par Jean-Paul Pelras]

De toute évidence le vent, même s’il ne pouvait s’agir que d’une brise, n’a pas soufflé assez fort pour faire vaciller les années Macron du côté où la page se tourne. Nous voilà, de facto, condamnés à vivre un remake du quinquennat écoulé. Avec un gouvernement que le locataire de l’Élysée voulait resserrer mais qui compte en définitive 42 ministres ou secrétaires d’État dont Schiappa, Dupont Moretti, Darmanin, Veran, Lemaire, Attal et autre Guérini. Pour la “Renaissance”, il faudra donc repasser. Idem pour la morale de cette histoire où une ministre, pourtant visée par une enquête pour viol, conserve son poste tandis qu’une députée épinglée par Mediapart pour avoir utilisé sa cagnotte d’élue à des fins personnelles est promue secrétaire d’État. Un détail par les temps qui vont où, presque chaque jour, une “affaire” vient alimenter les rubriques dédiées aux mœurs ou aux menus larcins de la vie publique.

Alors qu’il pouvait renouveler son équipe et répondre, au moins sur ce point, à la lassitude des Français, le premier d’entre nous, élu par un quart seulement des électeurs appelés à voter, a préféré l’entre soi de quelques initiés à une ouverture politicienne évidemment beaucoup plus difficile à juguler.
Le manque d’ambition qui caractérise cette nouvelle mandature en dit long sur l’assèchement d’une offre ministérielle usée jusqu’à la corde. Si Macron n’a pas renouvelé son équipe en profondeur, c’est peut-être tout simplement car le personnel politique désireux de le suivre commence à manquer. Qui, mis à part Bayrou, Philippe et quelques indéboulonnables affidés, osera en prendre pour 5 ans alors que l’automne s’annonce des plus compliqués, alors que la Première ministre n’ose même pas solliciter le vote de confiance devant les députés. Pourquoi ? Pour deux raisons. La première étant que les partis d’opposition ne veulent pas de coalition et l’ont exprimé très clairement. La seconde tient au fait que Macron lui-même ne souhaite faire aucune concession.
Jupiter est toujours là et il ne veut remercier personne.

Du pain béni pour l’adversaire

Le résultat des législatives prendra tout son sens lors de la rentrée parlementaire, avec des clivages exacerbés par la politique du mépris et les tensions sociales qu’elle va susciter. Du pain béni pour l’adversaire qui, à droite comme à gauche, finira par trouver des points de convergence afin d’affaiblir celui qui cristallise désormais toutes les inimitiés. Délesté de cette présidence européenne qui lui fournissait l’alibi des agendas surchargés, le chef de l’État va devoir revenir sur le terrain des sujets franco-français avec l’épineuse question de l’énergie, directement corrélée à celle du pouvoir d’achat, mais aussi avec celle qui concerne la santé des Français. Sur ce point, osera-t-il imposer de nouvelles mesures coercitives et comment va-t-il gérer les tensions hospitalières avec, sur l’ensemble du territoire, une offre de soin dramatiquement déficitaire. Sur cette charrette déjà bien remplie, il faut rajouter, bien entendu, un déficit public abyssal, un commerce extérieur de plus en plus déséquilibré, une économie qui tient grâce au fonctionnement de la planche à billets et le problème de plus en plus prégnant de l’insécurité.

Pour chacune de ces questions, Macron sera attendu au tournant pendant les 1 781 jours qui le séparent de la fin de son mandat, à la fois par les millions de Français qui ne lui font plus confiance et par cette Assemblée où il n’a pas obtenu la majorité absolue. Ou comment la France est devenue ingouvernable parce qu’un seul homme, à trop vouloir la gouverner, l’aura voulu.

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