Des drones pour voler au-dessus des terrasses ? [publi-rédactionnel]

Le vignoble de Banyuls a expérimenté le traitement des vignes par drones.

Les handicaps qui s’accumulent sur le vignoble de Banyuls sont connus. Terrain difficile, non mécanisable, petits rendements, main-d’œuvre difficile à recruter, pénibilité du travail… N’en jetons plus. Et la solution pourrait bien venir des airs. C’est en tout cas une hypothèse testée il y a quelques mois à Banyuls, mais également dans d’autres vignobles français, à l’initiative de l’Institut français de la vigne de Montpellier. Pour Jean-Pierre Centène, président de la cave de l’Étoile, il y a un grand intérêt au développement de ces techniques “et c’est pour cela que nous avons participé à ces essais sur une parcelle expérimentale, à Cosprons, parce que cela peut-être une partie de la solution aux problèmes que nous rencontrons, en matière de main-d’œuvre en particulier” explique-t-il. “Aujourd’hui il faut presque un scaphandre pour traiter les vignes, c’est pénible, il faut s’arrêter toutes les deux heures…”.

Claire Pou, technicienne du GDA Banyuls – Albères, voit dans cette technologie une vraie opportunité d’alléger le fardeau de la pénibilité et de la problématique main-d’œuvre. Les vignerons du cru ne s’y trompent pas. “Nous avons réuni une vingtaine d’entre eux pour les démonstrations, il y avait longtemps que nous n’avions pas enregistré une telle affluence et les résultats ont été à la hauteur des espérances même s’il reste quelques points à améliorer” se réjouit-elle.

Drones chinois

Restent toutefois en effet plusieurs problèmes à surmonter. Le premier est réglementaire. “Les épandages par drone de produits phytosanitaires sont interdits en France, mais le gouvernement a ouvert une fenêtre de deux ans pour mener des expérimentations. C’est dans ce cadre-là que nous sommes intervenus à Banyuls” explique Cyril Chiotasso de la société toulousaine Dron’aero qui a pris part aux essais en apportant compétence et matériels. Cette fenêtre refermée en octobre dernier, les différents ministères concernés, Agriculture, Environnement et Économie, ont maintenant les comptes rendus d’expérimentation sur leurs bureaux. “Ce que je souhaite aujourd’hui c’est que le gouvernement décide de prolonger les expérimentations plutôt que d’ouvrir la porte directement par une autorisation” ajoute l’entrepreneur toulousain qui justifie : “les drones chinois que nous avons utilisés lors de ces essais ont certes un peu d’avance technologique, mais ils ne répondent pas à tous les enjeux en terme d’efficacité de traitement, de sécurité des opérateurs, de chargement des produits, de changement des batteries… Pour ma part, je travaille au développement d’un drone français qui pourra répondre à toutes ces questions, sera doté des outils qui lui permettront de voler parfaitement seul et de remplir correctement sa mission. Dans deux ou trois ans, nous serons en mesure de proposer un drone français à hydrogène par exemple, puisque c’est aussi une technologie développée ici à Toulouse…” Il veut aussi pouvoir avoir le temps de développer la digitalisation des données pour le suivi des traitements.

De son côté, Jean-Pierre Centène a aussi des questions : “Alors, c’est vrai, pour la sécurité des opérateurs c’est une vraie solution, celui-ci peut se placer à 400 mètres de la parcelle tant qu’il garde un contact visuel avec l’appareil. Après, il faut regarder la qualité des traitements, puisque le drone passe au dessus des vignes, à 50 centimètres, le dessus des feuilles est bien traité, mais quid du dessous ? Si c’est pour être obligé de repasser à pied derrière, cela ne vaut pas la peine” juge-t-il. Se pose aussi la question des qualités de l’opérateur : “Il faut quelqu’un de très professionnel pour réaliser les applications”. Pour Claire Pou “Le but, à terme, serait de pouvoir avoir des vignerons sur place qui se forment et passent le brevet de télépilote.” Et puis il y a la question du prix. “Pour l’instant nous sommes sur un coût estimé de 1 500 à 2 000 euros à l’hectare à l’année, ce qui peut-être valable en Suisse est trop cher pour notre vignoble” analyse le président de l’Étoile.

Les machines capables de procéder à ces épandages, coûtent entre 15 000 et 20 000 euros pour le moment. “Il ne faut pas faire rêver les vignerons” prévient enfin Cyril Chiotasso, “il reste encore beaucoup de travail pour pouvoir disposer de matériels parfaitement performants…” Jean-Pierre Centène, lui, veut y croire : “C’est une technologie qui a une marge de progrès énorme et nous referons des tests pour valider tout ça.” Enfin, une fois que les traitements par drone seront autorisés, s’ils le deviennent, il faudra que les produits phytosanitaires utilisés disposent dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM) d’une autorisation par traitement aérien. Disposition que plus aucune firme phytosanitaire ne demande dans leur dossier d’homologation depuis que les traitements par hélicoptère sont interdits, ajoute Julien Thiery, responsable du service viticulture à la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales.

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