Adieu Adrienne …

La grande dame de l’Aspres vient donc de nous quitter. En 2011 elle me fit l’honneur (avec Marie Ange Falques des Editions Trabucaire) de me confier la préface de son dernier ouvrage intitulé “Voyage au bout de mon Jardin” dont voici un extrait. Bonne route Adrienne, nous ne vous oublierons jamais. (Photo d’Adrienne Cazeilles- Trabucaires Editions)

Adrienne Cazeilles dont le patronyme évoque systématiquement, dans le subconscient collectif, quelques billets bien sentis  sur la lutte contre les incendies ou sur une meilleure utilisation de l’eau, a donc passé sa vie à observer notre environnement. Enseignante à Carol en Cerdagne, puis à Tresserre, Collioure et Thuir, Adrienne, discrètement et non sans une certaine pointe d’ironie, entretient en quelque sorte une petite insurrection permanente. Ecrivant plusieurs lettres par jour sur la toile cirée d’une modeste table de cuisine, elle a offert à ses nombreux interlocuteurs une réflexion  sur la nature humaine qui force le respect. Il suffit, en effet, de lire « Voyage autour de mon jardin » ou de relire « Pourquoi le midi brûle t-il ? » pour mesurer l’implication de cette catalane rompue aux vicissitudes de l’existence et aux caprices d’un ciel plus souvent sans Dieu que sans nuages. Et ce, même si l’auteur de « Quand on avait tant de racines » trouvait qu’il ne pleut plus assez pour remplir cette cruche dont elle parlait si bien en la décrivant  comme étant l’une des plus judicieuses inventions de l’humanité. Avec cet ouvrage, celle qui relança la pratique des calendrines et fut l’invitée de Jacques Chancel  en 1979 dans l’une de ses célèbres radioscopies, signe une belle bordée de messages. De ceux qui empruntent au bon sens mais aussi aux connaissances. Comme ce geste paysan transmis d’une génération à l’autre qui malheureusement peu à peu disparaît, les mots d’Adrienne Cazeilles nous gardent d’une certaine rupture entre ce que fut notre terroir et ce qu’il pourrait devenir par trop d’ignorance, trop de mépris ou de médiocrité.

Pour conclure, je me souviendrai d’un après midi de novembre, en 2005. Je suis arrivé chez Adrienne avec des pommes cueillies dans le Haut Conflent. J’en suis reparti avec une assiette de pâte de coing. Et, je me dis depuis que pour croiser la route de quelques belles personnes, il ne faut pas forcement voyager bien loin.

Jean-Paul Pelras

 

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