Tribune – “Nouveaux Fermiers : la grande illusion du steack végétal !” [par Claire Juillet]

Oyez, oyez, bonnes gens, la merveilleuse histoire de Guillaume et Cédric, les “Nouveaux Fermiers” du XXIe siècle.

Il était une fois, deux jeunes gens ayant fait de magnifiques études dans les grandes écoles de la République (Centrale et Telecom) qui décident de sauver la planète menacée par nos abominables habitudes de gros viandards rétrogrades et les funestes pratiques ancestrales de tous ces ploucs de paysans pollueurs. Répondant à l’appel de Jupiter et n’écoutant que leur courage (et pas du tout leur appât du gain), ils fondent en 2019 une start up nommée “Les Nouveaux Fermiers” et basée à Montreuil sur Seine, nouvelle capitale de la production agricole 2.0 ou 3.0 ou 27.0, (on ne sait pas trop, tellement elle est innovante).
Par chance, de bonnes fées philanthropes se précipitent pour remplir la tirelire de la nouvelle entreprise : Xavier Niel, qu’on ne saurait soupçonner de mettre tous ses œufs végétaux dans le même panier, Adrien de Schompré, qui ne se fait pas trop de sushis, Philippe Cantet, as du marketing, de la levée de fonds et de la revente lucrative, et la bonne marraine BPI France.
C’est ainsi que, début 2020, la tirelire remplie de 3 millions d’euros tous frais permet de financer une ligne de production de 100 m2 (quelle surface !) sur le territoire francilien. Cocorico ! Mais surtout une formidable campagne de réclame aussi esthétique que mystérieuse.
Car Guillaume et Cédric sont de véritables magiciens ! Conservant le mystère qui sied aux disciples de David Copperfield, ils réussissent à approvisionner d’innombrables grandes surfaces avec des produits aussi épatants que délicieux en faisant croire à un public aussi conquis que médusé que tout cela est naturel et produit en France. Ce n’est pas encore fabriqué (en tout cas pas ici), mais c’est déjà distribué. En particulier par la grâce du bon géant Casino. Miracle de la technologie.
Pour la production en France, on verra plus tard. Le lieu de la future implantation de la fabrique magique est tenu secret. Pour l’approvisionnement en matières premières végétales françaises, on verra aussi plus tard. L’important, c’est la santé du consommateur et celle de l’environnement, alpha et oméga de nos deux illusionnistes, comme l’a déclaré Guillaume à L’Usine Nouvelle le 22 septembre 2020 : “Notre positionnement, c’est la santé, nous avons concentré l’innovation sur la santé en obtenant des produits contenant quatre fois moins de gras saturé que la viande par exemple”.

Mais bien sûr, “y’a un truc !”

Bon, on ne sait pas comment c’est fait, ni où, mais est-ce qu’on sait de quoi est fait le lapin qui sort du chapeau ? OUI. Il est très amusant ce lapin qui n’en est pas un. Il contient des trucs très rigolos comme la méthylcellulose : fabriquée à partir de la cellulose du bois, composant principal du faux sperme utilisé dans les films pornographiques, la méthylcellulose intervient aussi dans la fabrication de solutions ophtalmiques et dans la production de peintures comme la gouache. On trouve aussi dans le lapin des carbonates de sodium : corps composé chimique minéral (vendu sous le nom de “cristaux de soude”) qui est utilisé par les particuliers comme produit ménager. Pas de panique, ces ingrédients sont autorisés par le chef des fées, l’Union européenne.
Guillaume et Cédric sont de parfaits illusionnistes. C’est ainsi qu’ils nous disent que leur steak végétal consomme 10 fois moins d’eau. Que quoi ? La piscine municipale, un troupeau d’éléphants, une équipe de foot ? On apprend aussi que les nuggets végétaux consomment (sic !) 11 fois moins de CO2. Que quoi ? L’aéroport de Roissy ? Les bus de Montreuil ?  Déjà, en 1950, la lessive Persil lavait plus blanc. Cela montre seulement que les méthodes publicitaires se recyclent mieux que le plastique.
Mais si on compare le lapin sorti du chapeau avec un vrai, est-ce qu’il est vraiment meilleur pour la santé comme l’a dit Guillaume ? Voyez vous-même dans le tableau ci-dessous.


La morale de cette histoire est celle de tous les tours de magie. On adorerait y croire. Mais, non, la belle dame ne s’est pas transformée en tigre, le monsieur n’a pas avalé le sabre. Et on a tous payé, comme des benêts, pour voir le spectacle. Le vrai but des illusionnistes, anciens ou modernes, c’est de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Et d’empocher la recette du show.
Je déteste les magiciens.

Claire Juillet
Agricultrice en Saone et Loire
(EARL du Paquier)
Élevage bovins allaitants,
porcs plein air, maraichage
Agriculture biologique

2 pensées sur “Tribune – “Nouveaux Fermiers : la grande illusion du steack végétal !” [par Claire Juillet]

  • 19 novembre 2020 à 21 h 41 min
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    Bonjour et bravo pour cette démonstration.
    Malheureusement pour faire de l’argent même certains agriculteurs sont prêts à trahir leurs collègues et a remettre en cause la cohésion sociale :
    la Cave coopérative de Die (Jaillance) offre une cuvée Végan. En choisissant de devenir « vitrine du véganisme », les vignerons ne risquent ils pas d’alimenter le désarroi des professions stigmatisées par cette mouvance sectaire ?
    Le projet de ces vignerons déstabilise ce qui fait le tissu social, culturel et économique de notre région. Éleveurs, bergers, pisciculteurs, apiculteurs, charcutiers, bouchers, traiteurs, poissonniers, fromagers, clubs hippiques, restaurateurs traditionnels, etc… sont la cible des végans.
    L’intransigeance du mouvement Végan envers ces professions est désormais bien connue : escalade verbale et idéologique, saccage de commerces, intimidations, insultes, provocations…
    Depuis des générations, paysannerie, artisans, commerçants, etc. se sont côtoyés en bonne entente.
    Comment faire en sorte que cela puisse continuer ? Certainement pas en favorisant un clivage idéologique. On peut apprécier un bon vin sans être obligé de manger de la viande, du fromage…, ni de porter du cuir, de la laine, de
    mettre du fumier dans son jardin… Mais ne tolérons pas que l’image de nos coopératives, souvent considérées comme vitrine patrimoniale dans leur régions, s’entachent de l’ostracisme végan.

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    • 21 novembre 2020 à 8 h 26 min
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      Merci beaucoup pour votre article car il y en a marre de dénigrer la viande, on mange ce que l’on veut. Nous sommes des viandards et alors ! quand on voit la fumisterie de la composition et des apports du steak végétal mais comme vous dites la communication faite autour endort les gens qui sont bien stupides de croire cela. Bravo encore.

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