Que sera l’été ?

S’il n’était plus question de “guerre”, si le ton était moins martial, si le propos empruntait davantage à l’espoir qu’à la dystopie, le propos du président de la République n’en demeurait pas moins abstrait, lundi soir, sur bon nombre de points.

Le 11 mai, certains d’entre nous pourront donc aller prendre l’air. Les enfants, les collégiens, les lycéens rejoindront, en théorie, leurs établissements scolaires respectifs et de toute évidence ces cantines où ils pourront se retrouver à plusieurs centaines pour partager leurs nuggets de poulet. Alors qu’au bistrot d’en face, il sera toujours impossible d’aller prendre, seul, son premier café. Autre interrogation : à partir de quand faut-il considérer qu’une personne est suffisamment âgée pour mériter un rabiot de confinement ? Au chapitre des cases restant à cocher, figure également en bonne place cette phrase : “l’État devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public”. Un masque, un seul, qui sera valable combien de temps ? Que l’on pourra se procurer où, puisque “son usage devrait devenir systématique” ? Idem pour les tests qui pourront être pratiqués, à partir de cette date, sur toute personne présentant des symptômes. Y en aura-t-il suffisamment dans un contexte où une simple toux suscite la psychose ?
Qu’en sera-t-il, d’autre part, des lieux publics qui resteront fermés après le 11 mai sans qu’aucune explication supplémentaire ne soit fournie et alors que le secteur de la restauration, qui dépend en grande partie de la chaîne agroalimentaire (et vice versa), s’apprête à enchaîner les dépôts de bilans ? Alors que la saison touristique se profile et qu’aucune piste n’a été évoquée concernant la réouverture des sites balnéaires, pourvoyeurs d’emplois saisonniers.
Quant à l’économie, à part un tacle destiné aux assurances qui se font attendre sur le front des solidarités, rien de bien nouveau sous ce pâle soleil d’avril où les entreprises savent déjà qu’elles ne pourront se satisfaire des reports de charges annoncés.
En résumé, si le président de la République, comme le prévoyait certains éditorialistes, n’avait rien de Churchill, de De Gaulle ou de Clemenceau, si la date du 11 mai est désormais gravée dans le marbre et si tout prolongement serait de nature à réveiller l’ire des Français, à défaut de pouvoir nous rassurer sur le printemps, Emmanuel Macron pouvait peut être nous en dire un peu plus sur ce que sera l’été.

Jean-Paul Pelras

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