Lettre à David Guetta à propos des piquouses [par Jean-Paul Pelras]

Monsieur,
nous ne nous connaissons pas et il y a, de toute évidence, peu de chances pour que nos chemins se croisent un jour. Vous officiez dans le monde de la nuit et dans celui des polypiers urbains. Je vis dans le haut pays où les branches craquent comme des bancs d’église dans le froid des solitudes, où le seul concert qui nous parvienne est celui des pétarades de tronçonneuses depuis l’éther des lointains. Nonobstant ces déclinaisons symphoniques nous avons, comme tout un chacun, notre avis sur la crise sanitaire du moment et, plus particulièrement, concernant la campagne de vaccination en cours. Sans être farouchement opposé aux piquouses, je n’en demeure pas moins circonspect concernant ladite infiltration au regard des atermoiements gouvernementaux et scientifiques qui ont précédé sa précipitation. Petit caprice bien français diront certains, qui prend des allures de réferendum populaire avec, d’un côté, ceux qui tendent l’épaule sans broncher. Et, de l’autre, ceux qui expriment une forme de dissidence vis à vis du pouvoir en doutant des bienfaits de l’aiguillon, tout en subodorant quelques prises d’intérêts inhérentes à cette frénésie de l’injection.
Vous appartenez, de toute évidence, à la première catégorie et avez récemment déclaré votre engouement pour le vaccin : “Il n’y a pas d’autre issue et moi je vais le faire, j’espère que d’ici l’été prochain, on pourra faire la fête comme avant. Parce que si les boîtes de nuit et salles de concert ne rouvrent pas cet été, c’est la mort de tous les artistes”. Message qui a le mérite de ne pas être subliminal, puisqu’il fait référence sans détour aux menaces pesant sur votre activité et plus globalement sur le monde de la fête, pétrifié depuis des mois.
Mais où allons-nous, Monsieur Guetta, si nous nous mettons à prescrire chacun de notre côté une ordonnance afin de sauver notre pré carré et de renflouer notre porte-monnaie ? Même si, vous en conviendrez, celui de l’ouvrier agricole ou de l’apprenti boucher n’a pas grand-chose à voir avec ceux qui mixent, de Los Angeles à Ibiza au firmament des spectacles de variété.
Étrange société en effet que celle où, sur un sujet de santé publique, quelques saltimbanques réputés peuvent s’exprimer librement afin d’influencer cette partie de la population qui concerne, bien évidemment, leurs parts de marché. En forçant la main et tant qu’à faire les esprits, vous précipitez les réticences, vous exacerbez une méfiance de plus en plus prégnante qui résulte d’une gestion au demeurant bien empirique. Car à la question que posent les sondages sur l’hésitation de 60 % des Français préférant patienter avant d’aller se faire piquer, la réponse réside surtout dans la perte de confiance que nous éprouvons vis à vis de ceux qui prétendent nous gouverner de façon arbitraire à coup d’injonctions sécuritaires et d’actes manqués.
Vous dire enfin, Monsieur Guetta, que la seule musique capable de susciter l’unité est celle qui saura toujours préférer aux intérêts des uns ou des autres l’expression de nos plus élémentaires libertés.

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