« Fermez la ! » (Par Jean-Paul Pelras)

Au chapitre des petites humiliations récentes, nous retiendrons cette énième recommandation émise par l’Académie nationale de Médecine. Cette société savante sise rue Bonaparte dans le 6eme arrondissement Parisien vient en effet de déclarer qu’il faudrait, à l’avenir, éviter de parler dans le métro.

Une injonction scientifique supplémentaire qui vient abonder une liste déjà bien conséquente. Se taire, voilà ce nous sommes invités à faire, à bien regarder depuis presqu’une année.

Se taire derrière nos masques pour que s’efface toute expression physique et orale, se taire au comptoir de ces bistrots qui ont baissé leur rideau, se taire au théâtre, au cinéma, au restaurant, tout simplement car nous n’y avons plus accès. Se taire sur ce terrain de pétanque où nous n’avons plus le droit entre amis d’aller jeter le cochonnet. Se taire partout où l’on pouvait festoyer, rire, échanger du stade municipal aux pistes de ski, en passant par la salle des fêtes du village où nous allions faire une partie de rami, se taire dans les réfectoires où l’on sépare les gens, se taire jusque dans les rames de métro où il faut pourtant se rendre pour aller au boulot. Se taire dans les amphis d’université, se taire après 6 heures du soir, se taire avec deux mètres de distance, se taire dans les réunions de conseils municipaux, dans les assemblées générales annulées, se taire dans les maisons de retraite, se taire dans les administrations, se taire bientôt, pourquoi pas, à la maison. Se taire un peu partout finalement. Sauf bien sûr à la télévision où, depuis des mois nous voyons défiler des centaines de diafoirus soi-disant qualifiés pour venir déverser leurs tombereaux de contradictions.

Mais qui sont ces gens à qui le pouvoir et les médias confèrent autant d’importance ? Qui sont ces gens qui nous suggèrent le lundi ce que le gouvernement, retranché derrière l’expertise des sachants, finit par imposer le mardi ? Par quel acharnement sont-ils animés à vouloir soumettre tout un peuple dans des proportions qui, inévitablement, nous conduisent à douter ? Vouloir interdire la parole à toute une société déjà suffisamment bâillonnée relève de cette provocation qui tend à jauger notre capacité d’indignation.

Alors, dans cet excès de colère qui sourd de la raison, j’ai, à titre personnel et probablement au nom de millions d’individus envie de vous dire « Fermez là » Oui, fermez là une bonne fois pour toutes et gardez pour vous vos atermoiements, vos expériences sociétales, vos opinions hégémoniques. Arrêtez de jouer avec les chiffres, avec les statistiques, avec les pronostics. Arrêtez de jouer avec nos nerfs, arrêtez de nous avilir, de nous effrayer, de nous contraindre uniquement car depuis quelques mois un quarteron de médias vous a donné l’occasion, inespérée pour certains, de vous exprimer. Quand, à l’aune de ce soudain vedettariat, vous en profitez pour exister, pour régler vos comptes entre praticiens, pour exploiter cette surenchère d’ordinaire réservée à quelques comités Théodule plus ou moins restreints. Oui fermez là, vous nous fatiguez. Dans des proportions qu’aucun médicament, ne pourra jamais soigner.

Jean-Paul Pelras

Une pensée sur “« Fermez la ! » (Par Jean-Paul Pelras)

  • 24 février 2021 à 13 h 28 min
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    Encore une fois, entièrement d’accord avec toi. On va même oublier qu’on savait parler. Certains ne mesurent pas à quel point on risque d’être dénaturés. Il faut résister!
    Merci, Jean-Paul, de ce texte beau et réliste.

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