Et le secret médical… ? [par Jean-Paul Pelras]

Autrefois, lorsque l’on se réunissait en famille ou entre amis, autrement dit avant le mois de mars 2020, nous évoquions les dernières vacances, la scolarité des enfants, quelques souvenirs de jeunesse, les qualités ou les défauts d’une voiture, le boulot, la politique, la retraite, une adresse de restaurant et tout ce qui faisait le quotidien de “l’ante” Covid.
À présent, à peine installés au bar ou autour de la table, deux questions dégringolent in petto plus vite que les glaçons dans le mojito : “Alors, tu es vacciné ?”, suivi de très près par “Avec quel vaccin ?”. Après avoir été privés de rencontres pendant des mois, nous devons à présent subir ce petit interrogatoire légitimé par une pression à la fois politique, scientifique et médiatique qui mêle, dans une délectation évidente, curiosité, suspicion et coercition.

Et bien, voyez-vous, en ce qui me concerne le débat tourne court. Car, à bien y regarder, je n’ai pas à répondre à ce genre de question. Je n’ai pas à me justifier, je n’ai pas à dire si oui ou non j’ai reçu l’injection, le rappel, qui m’a vacciné, quelle est la “marque” du produit, si tout s’est bien passé… Je n’ai pas à exposer les résultats d’une sérologie, mes pathologies, les réticences qu’elles peuvent susciter, les éventuelles réactions qu’elles auraient entrainées… Mis à part mon épouse et mon médecin, personne n’est autorisé à s’occuper de ma santé. Alors comme Piccoli balance le gigot dans une scène de “Vincent, François, Paul et les autres” je m’emporte à mon tour. Oui, je m’emporte et je dis : “Mais putain, vous savez ce que c’est le secret médical ?”

Et là tout le monde retourne à ses frites, à ses flageolets, à cette saucière qui décidément verse de plus en plus mal, à sa comparaison entre un cabernet sauvignon et un merlot dégustés quelque part dans les Vosges ou le Cantal. Parce que j’en ai assez de ce petit procès d’intention toujours à l’affut qui guette celle ou celui qui n’aura pas pris sa dose et aura, de facto, menacé le quotidien de son prochain. Un peu comme si la société était désormais scindée en deux catégories, les bons et les méchants, les sages et les imprudents.

Petits procureurs autoproclamés

La prochaine étape passera, nul n’est besoin d’être grand clerc pour le prédire, par la vaccination obligatoire. L’étreinte va se resserrer au sein des professions, chez les soignants, dans l’éducation, pour se terminer à la porte des supermarchés où ceux qui ne seront pas équipés du précieux sésame ne pourront plus s’avitailler en produits de première nécessité. C’est bien, ce n’est pas bien ? Ni vous, ni moi ne sommes là pour le dire. Tout simplement car nous ne sommes pas médecins et que l’évolution de la pandémie appartient davantage au destin qu’aux statisticiens. Si, dans les rangs des scientifiques, le message avait été moins perméable aux stratèges et aux calendriers politiques, autrement dit plus indépendant et moins médiatique, nous n’en serions peut-être pas là.

Ceux qui attendent ou espèrent ici le moindre dérapage de ma part peuvent immédiatement remiser leurs espoirs, il n’y en aura pas. Je ne vous offrirai pas l’occasion rêvée de pouvoir me traiter de complotiste. Je ne vais pas énumérer ici les raisons qui pourraient me permettre de douter car elles alimentent en définitive le fonds de commerce des petits procureurs autoproclamés.

En revanche je m’autorise une certaine réflexion sur ce qu’est devenu ce pays, sur sa propension à stigmatiser, à désigner, sur son suivisme égocentré. Et pour certains, je dis bien pour certains, sur les relents de leur médiocrité.

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