Ce virus qui tue les pauvres…

Enfin, des études sérieuses ont été menées tant au niveau mondial qu’en France notamment. Au niveau mondial, c’est le PNUD, Programme des Nations Unies pour le Développement, qui vient de rendre son rapport mettant en évidence l’urgence de mesures afin d’enrayer la pandémie aujourd’hui de 1,5 million de nouveaux cas de contamination chaque semaine, “en particulier dans les pays en développement où sept travailleurs sur dix vivent grâce aux marchés informels et ne peuvent pas gagner d’argent s’ils restent chez eux” (ONU Info 23 juillet 2020). En France, les quatre auteurs de l’étude prépubliée le 20 juillet dernier sur le site d’archives ouvertes HAL, ont travaillé à partir des communes et des données statistiques générales fournies par l’INSEE s’attachant à comparer les données brutes de la mortalité en 2018-2019 pour les comparer à celles de 2020 – sans s’attacher aux seuls chiffres du ministère – et en croisant cette surmortalité 2020 avec le “revenu médian de chaque commune située en zone urbaine” ainsi qu’en opérant une distinction entre les zones peu infectées et celles très infectées. Leur étude apporte la preuve – incontestable – que ce sont les pauvres qui payent le plus lourd tribut à cette saleté de virus : “ce n’est pas simplement que les personnes pauvres sont plus souvent en mauvaise santé qui les a exposées à la surmortalité due au Covid, c’est aussi et surtout leurs conditions de logement et leur métier” (Professeur Éric Maurin, directeur d’études à l’EHESS) : surpeuplement du logement, promiscuité, métiers à forte interaction avec le public, mais aussi absence de logement véritable, foyers, coins de rues et petits boulots des “marchés informels”.
Aux États-Unis, on parle de “la couleur du coronavirus”, tant il est patent que ce sont les populations noires, frappées par le chômage, qui en sont les premières victimes, comme au Brésil, comme à peu près dans tous les pays. Ce sont les laissés pour compte du système économique que le virus frappe le plus violemment, ceux qui n’y ont pas trouvé de place, voire ceux qui ont réussi à s’y faire une si petite place qu’ils ne peuvent encore accéder à ses “avantages”.

… Et menace le mode de vie des riches
Mais la menace du virus planerait toujours sur tous et notamment dans les pays riches et sur les populations les mieux intégrées. Libérés des contraintes du confinement, pour les plus jeunes – mais pas seulement –
c’est la fête qui a manqué et ils y ont plongé à corps perdu (peut-être pour oublier le reste ?), en improvisant des soirées arrosées “ambiance boîte de nuit”. Pour d’autres, il a fallu renoncer aux vacances à l’étranger, ou, plus
habilement, trouver un moyen de voyager en contournant quelques règles. Dans tous les cas, “on” essaye de profiter au maximum d’une liberté que les gouvernements menacent à tout instant de retirer car tout ce mouvement augmenterait la circulation du virus : une ambiance un peu “fin du monde”, sous le regard désapprobateur de certains autres, frappés de près par la maladie ou craignant de l’être, s’enfermant dans un reste de vie – plus ou moins confortable selon leur lieu de villégiature – et qui érigent leurs murailles face à la seconde vague annoncée de la pandémie.
Drôle d’été que celui que nous vivons, dans cette chaleur orageuse malgré un ciel toujours bleu et sous la tension permanente des nuages noirs restés tapis sous la ligne d’horizon. Afin d’éviter un confinement général trop dévastateur pour l’économie française, le Premier ministre français, comme ses homologues étrangers, évoque la possibilité de confinements qui seraient limités, sans en préciser ni les contours ni les contraintes : une solution un peu à la manière des “frappes chirurgicales” de l’armée américaine (…).
Dans sa proposition d’urgence du 23 juillet, le PNUD demande aux États réunis de décider de créer un revenu minimum provisoire (pour six mois) permettant aux trois milliards de personnes les plus pauvres du monde de rester chez elles pendant la pandémie – seul moyen selon cette organisation de “ralentir la propagation dévastatrice de la Covid-19”. Une mesure, financièrement réalisable (à peine 12 % de l’enveloppe prévue pour la lutte contre le virus) mais qui présente un inconvénient majeur : si les pauvres de ces 132 pays “en développement” ont les moyens (limités) de rester confinés, qui servira de “petites mains” à l’économie mondiale dont nous nous repaissons ?

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