Post-Covid au refuge [par Yann Kerveno]

Confiner la montagne est une gageure. Mais les refuges, s’ils ont rouvert, sont aussi soumis aux règles de distanciation sociale.

Avec la fin juin, le début de l’été, la montagne post-confinement retrouve ses allures estivales. Les vaches estivent, les randonneurs randonnent, les pique-niqueurs pique-niquent, les pêcheurs mouchent… Et les refuges de haute montagne tentent de sauver une saison commencée bien tard. Aux Camporells, la foule est déjà là, il ne reste pas une place à table et une partie des convives dorment dehors, dans des tentes fournies par le refuge. Alors que le froid du soir approchant se fait un peu mordant, les conversations se déroulent comme d’habitude en ces lieux. On demande d’où l’on vient, où l’on va, comme si le refuge avait besoin, pour exister, d’être tendu entre ces deux valeurs personnelles, le passé, le futur, l’origine, la destination. Les refuges gardés du département connaîtront une saison en demi-teinte. Au refuge del Torn, Dominique Bonnet a choisi une approche radicale de la distanciation. Elle n’accepte de réservations que de groupes constitués. Sans le “panachage” habituel des randonneurs en transit. Et donc, à la clé, une réduction du potentiel de remplissage des douze couchages que compte son refuge. Quand elle regarde en arrière, elle soupire un peu mais en prend son parti avec toute la décontraction chaleureuse qui est la sienne. “Il y a d’abord eu la nationale 116 et l’éboulement du Pallat m’a coûté toute la fin de la saison d’hiver, nous avons perdu toute la clientèle locale que nous voyions habituellement. Puis il y a eu la Covid-19.”

Mode opératoire
Pour elle et son entreprise, pas d’indemnisation, pas de plan d’aides, Dominique Bonnet compte sur l’été, même si son refuge est écarté des grandes voies de circulation des randonneurs dans le département. Avant le déconfinement, une réunion entre gardiens de refuge du département avait permis de mettre en place les protocoles d’accueil, chaque établissement pouvant ensuite choisir le mode opératoire qui lui convient. Sur le massif du Canigou, le refuge des Cortalets, lui, devra faire avec la fermeture des pistes d’accès aux voitures mais aussi aux taxis. Une situation quelque peu semblable à celle de l’année dernière qui n’a pas donné lieu aux résultats escomptés, comme l’explique Florian Chardon de Canigo grand site qui ne se montre guère inquiet pour 2020. “Curieusement, la fréquentation de l’an passé aux Cortalets a été meilleure que celles des années précédentes.” Reste à savoir si les incitations à faire du tourisme en France attireront de nouveaux amoureux de la montagne dans les Pyrénées-Orientales.

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