Et si le “Nouveau monde” était un leurre ?

Le Nouveau monde est aussi, et peut être surtout, un petit village situé à 800 mètres d’altitude aux confins de la Lozère et de la Haute Loire.

Hausse de la CSG, baisse des retraites, Ehpad menacés, ruralité à la traine, suppression de l’ISF, augmentation des indemnités aux “grands maires” et autres présidents de Régions ou de Départements, colère des cheminots, fermeture de classes rurales, abandon du projet pourtant approuvé par référendum de Notre Dame des Landes, fin du bénévolat culturel, recours aux ordonnances… Rajoutez à cela quelques propos du style “Les gens qui ne sont rien”, et vous vous demandez comment Jupiter a pu traverser les dix premiers mois de son mandat présidentiel un peu comme le Messie marcha sur l’eau du côté de Capernaüm.
Dans son “Essai sur les privilèges” Emmanuel Joseph Sieyès (1748-1836) dont Benjamin Constant disait “Personne n’a plus profondément détesté la noblesse” dénonce les promoteurs d’une politique libérale et autoritaire comme appartenant à une “caste” qui voit dans le peuple “un assemblage de gens de rien, une classe d’hommes créés tout exprès pour servir.” De cette Révolution française, où l’on raccourcissait à l’avenant pour bien moins que ça, à ce début de XXIe siècle où Uber, Netflix, Airbnb, Instagram et Tinder guident la marche du monde, le pouvoir des suzerains a bien évidemment évolué. Mais, à bien y regarder, il est toujours aussi prégnant et envoutant. Le plus jeune président de l’histoire de France en se voulant maître du temps et, tant qu’à faire, des horloges, le sait fort bien, puisque, en s’entourant de quelques 350 députés en marche pour la plupart nouvellets, il jugula, au moins pour une année, toute contestation dans les rangs du Palais Bourbon. Idem avec cette opposition, toutes obédiences confondues, qu’il parvint à pulvériser en plein vol en démontrant, justement, que l’inexpérience pouvait avoir raison de l’expérience, surtout quand elle symbolise l’échec.

Les réseaux sociaux isolent en rassemblant
Le 8 mai 2017, Macron avait une autoroute devant lui. En mars 2018 il n’a plus qu’une route nationale. En septembre de la même année, il pourrait bien devoir se contenter d’une départementale. Et à l’horizon 2019, à l’instar de son prédécesseur, de quelques chemins vicinaux. Reste à savoir si toutes ces voies de communications auront été délestées de leurs pavés à la lumière de quelques printemps syndicaux. Un contrepouvoir populaire qui pourrait compenser le défaut d’opposition politique mais qui risque de faire chou blanc. Car, de toute évidence, la capacité d’indignation virtuelle canalisée, entre autres, par les réseaux sociaux l’emporte sur la capacité de mobilisation. Quelques visites sur Facebook où chacun vient apporter sa contribution aux contestations du grand zapping sont autant d’exutoires furtifs qui nous aident à exprimer notre colère avant de passer à autre chose dans la seconde qui suit.
Ceux qui nous gouvernent le savent : un petit clic sur un clavier vaut mieux qu’un grand pas sur les pavés. En ayant accès au débat via internet dans ce qui constitue le plus grand défouloir populaire jamais imaginé, nous nous éloignons physiquement du débat démocratique. Comme la télévision a contribué à la désertification de nos places de villages et de nos comptoirs de bistrots, les réseaux sociaux isolent en rassemblant. Ainsi va ce nouveau monde dont Jupiter a bien compris la marche en inventant un paradigme qui, paradoxalement, ne va pas sans évoquer celui de quelques anciens régimes.

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