L’hypocrisie de la FNSEA

“On nous demande de garantir une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous, et dans le même temps le Gouvernement cautionne en laissant négocier des accords commerciaux avec des pays qui ne partagent pas nos exigences sociales, environnementales et sanitaires ou donne son aval à des importations de matières premières pour le moins peu durables. (…) Le réseau FNSEA/JA va se mobiliser à l’échelle nationale à partir du 10 juin. Dans l’ensemble de nos régions, les agriculteurs vont bloquer des sites stratégiques, symboles des distorsions de concurrence que nous subissons.”
Permettez-moi, rien que pour le plaisir, de citer une seconde fois cette phrase : “Distorsions de concurrences que nous subissons.” J’en ai rêvé. Comme des milliers d’agriculteurs, maraichers, arboriculteurs ou vignerons pendant presque trois décennies. Et ce, alors qu’un ancien président de FNSEA, mais également du Copa-Cogeca européen, déclarait en 1996 qu’il fallait poursuivre en justice ceux qui avaient déversé des marchandises d’importation à la frontière espagnole… Alors que, tout récemment, l’ancien président de la Fédération française des producteurs de fruits, également ancien administrateur de la FNSEA et actuel président d’Interfel, cosignait un accord franco-marocain sensé favoriser les importations de fruits et légumes en provenance du Maghreb. Et voilà que la FNSEA lance une mobilisation nationale pour bloquer les “sites stratégiques” afin de dénoncer les distorsions de concurrence. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Il suffit, pour comprendre, de consulter la presse non agricole qui annonce le blocage des raffineries à partir du 10 juin prochain.

Des “grands cultivateurs” qui ne se sont jamais émus du sort réservé à la piétaille maraichère, viticole ou arboricole
Pourquoi les raffineries ? Et bien tout simplement car le groupe pétrolier français Total a été autorisé par l’État, et plus particulièrement par le ministre de la Transition écologique, à exploiter une bio-raffinerie fonctionnant avec de l’huile de palme dans les Bouches-du-Rhône. De quoi être surpris par la décision de M. Hulot et par la réaction, tout aussi verdoyante que vertueuse, de la FNSEA. Seulement voilà, il se trouve que, sur le marché du biodiesel, les producteurs d’oléo-protéagineux tels que colza et autre tournesol, très influents rue de la Baume, étaient déjà positionnés. Des “grands cultivateurs” qui ne se sont jamais émus du sort réservé, dans le Midi de la France, à la piétaille maraichère, viticole ou arboricole ruinée par le jeu d’accords géopolitiques aux retombées variables. Prétexter des raisons pseudos écologiques et transformer en cause nationale ce qui concerne un secteur d’activité jusqu’ici peu enclin à s’émouvoir du malheur des autres, relève de l’hypocrisie et du mépris vis-à-vis de ceux qui se battent dans l’indifférence depuis des années. Je sais que ces mots vont faire réagir. Une fois de plus, je les assume. Au nom de toutes celles et ceux qui n’ont pas été défendus comme ils auraient dû l’être. Au nom de toutes celles et ceux qui ont lutté et qui luttent encore pour ne pas disparaitre.

Une pensée sur “L’hypocrisie de la FNSEA

  • 10 juin 2018 à 20 h 57 min
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    c’est encore plus hypocrite que cela : Une filiale de la FNSEA (Diester Industrie) utilise l’huile de colza pour la transformer en ester méthylique de colza. Le sous produit de cette opération : le glycerol empoisonne tout le monde car on se sait pas quoi en faire ….on le brule….
    Diester Industrie avait jusqu’à présent une sorte de monopole pour cette transformation. N.Hulot l’a cassé au profit de Total. Le malaise vient de là, la FNSEA veut bloquer un concurrent et client obligé.
    Il faut aussi savoir que depuis des années DI importe de l’huile de palme pour ces productions sans que les pauv agriculteurs bloquent l’usine de Diester Industrie.

    Enfin, alors que l’huile de colza (non transformée) est autorisée comme carburant des moteurs diesel par l’UE, elle reste interdite en France et la consommation de carburant par les agriculteurs est très proche de la production française d’huile de colza. Un tel circuit court effondrerait toute la filière biodiesel……dommage !

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