L’antidote : Se souvenir des bons moments « Quelques bistrots » (Par Jean-Paul Pelras)

Dès qu’il faut rêver un peu, vous avez bien sûr en mémoire quelques amis, quelques amours, quelques voyages et, vous le remarquerez aussi, une belle poignée de petits bistrots. En voici un photographié dans le Cantal. Un estaminet où s’arrêtaient probablement les éleveurs, les routiers, les marchands de matériel agricole, les voyageurs, les étrangers avec leurs bétaillères, leurs 2CV fourgonnettes, leurs DS, leurs mobylettes. C’est probablement ici qu’ils venaient commenter, entre la Suze cassis et le rouge limé, les rumeurs du monde. Mais qui avait-il derrière ces volets verts ? Un comptoir recouvert d’une feuille de zinc, des chaises cannées, une table pour la belote, une arrière cuisine où l’on préparait des assiettes de charcuterie, des œufs mayonnaise, des omelettes aux cèpes ? Près de la fenêtre un veuf perdu dans ses silences, un mari égaré ? Derrière le bar, un moustachu en bras de chemise qui devait s’appeler Fernand, Jules ou Isidore ? Et partout ailleurs la fumée des cigarettes, l’odeur qui montait des tournées de pastis, des gratons que la patronne préparait pour l’apéritif du dimanche, de la bouse laissée par les chaussures, du cambouis aux mains des ouvriers ? Eclats de vies passées, passants imaginés derrière les volets clos d’un petit « Café » où l’on servait, au ballon, quelques rasades de Picton joufflu, loin de ces kirs machins ou de ces pivois savonnés qui ne servent qu’à couper sans honneur le raisiné du jour. Ici pas de panneaux en devanture, seulement une maisonnette plantée entre une grange et un tas de goudron au bord d’une départementale. A l’intérieur quelques bouteilles posées sur un buffet de campagne et cette grand-mère, en tablier à pois, qui servait du café réchauffé à la casserole dans une « souillarde » d’avant-guerre. Et puis comment oublier ces bistrots avec leurs chiottes à la turque coincées entre le placard à balai et l’arrière-cour aux glycines, le rideau à mouches, les fanions décatis, les coupes alignées sur les bouteilles d’Izara près du lambris, la vieille tapisserie, le babyfoot et ce distributeur à cacahuètes posé près du « perco » ? Oui comment oublier ces bistrots où nous avons grandi après le catéchisme, où nous avons échangé nos vacuités adolescentes et nos premiers baisers sur quelque siège en moleskine ? Allez, pour clore ce propos citons Jean-Marie Gourio qui dit dans ses inimitables « Brèves » : « Heureusement qu’il y a un comptoir. Sinon on serait là, debout comme des cons …»

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