Fruits et légumes : la sécheresse menace le Sud-Est de l’Espagne

Le barrage de la Pedrera, en juillet 2017. Il n’est actuellement rempli qu’à un tiers de sa capacité.

Le manque d’eau a récemment fait descendre dans la rue des milliers d’agriculteurs du Sud-Est de l’Espagne. Après trois ans de sécheresse et dans le cadre d’un choix des pouvoirs publics de prioriser la distribution de l’eau, les “jardins de l’Europe” craignent pour leur avenir.

Ils étaient plusieurs milliers d’agriculteurs à défiler dans les rues de Madrid, le 7 mars. Tous venaient du Sud-Est de l’Espagne, cette région qui représente le premier bassin producteur de fruits et légumes d’hiver, d’Alicante à Roquetas de Mar, en passant par Murcia et, bien sûr, Almeria. Depuis trois ans, l’Espagne traverse l’une des pires sécheresses depuis le début des années 80. “En 39 ans, je n’ai jamais connu une année aussi grave”, affirme à l’AFP Pepe Rodriguez, agriculteur de 59 ans de la région de Murcia. Exemple du désastre, à deux heures de Valencia, chez Nicolas Riquelme, producteur d’agrumes. Sur les images tournées par France 2, on découvre des arbres chargés d’oranges ouvertes en deux, invendables. Les fruits qui pourront être commercialisés sont beaucoup plus petits qu’en temps normal et ne se vendront qu’à 70 % du prix habituel. Cet arboriculteur ne dispose plus que de la moitié de la quantité habituelle d’eau pour irriguer.
“On nous a coupé l’eau à 80 %”
Dans la région d’Almeria, José Salvas, gérant d’une exploitation agricole, affirme à l’AFP n’avoir pu faire pousser que 15 à 20 % de sa production habituelle de salades et pastèques. “On nous a coupé l’eau à 80 %”, s’indigne-t-il… Une situation qu’il qualifie “d’irréelle”. De fait, une partie de cette région désertique est alimentée par l’eau détournée du fleuve Tage, retenue grâce à un gigantesque édifice, l’Embalse de la Pedrera. Mais cette année, le barrage n’est rempli qu’à un tiers de sa capacité. La priorité allant aux populations, les exploitations du Sud ne sont plus alimentées. Deux autres réserves d’eau, sur le Jucar et le Segura, les deux principaux fleuves arrosant le secteur, étaient tout récemment à respectivement 27,7 % et 17,6 % de leur capacité. Les agriculteurs réclament un meilleur approvisionnement en eau depuis les fleuves du Nord… Mais aussi un recours au dessalement de l’eau de mer, procédé extrêmement coûteux. Mais l’enjeu économique est considérable, argumentent-ils. La région l’Almeria à elle seule compte plus de 30 000 ha de légumes sous abris (58 000 ha avec les doubles cultures). Plus de 60 % de la surface de production espagnole de légumes d’hiver se trouve ici… Et plus de 80 000 ouvriers immigrés y sont employés.
Délocalisations ?
Mais malgré le faible coût de cette main d’œuvre, certains producteurs envisageraient, selon des témoignages recueillis par l’AFP, de déplacer une partie de leur production dans le Sud de la France, notamment autour de Montpellier. Un effet d’annonce pour inciter les pouvoirs publics à prendre la mesure du problème ? Toujours est-il que le problème de la sécheresse ne fait que commencer… “Faut-il produire à tout prix dans cette région qui manque d’eau ?” s’interroge le journaliste de France 2. Certains ont déjà répondu à cette question… À l’image d’un producteur d’artichauts qui vient de relocaliser un tiers de sa production dans une autre région d’Espagne.

Fanny Linares

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