La faute aux politiques ?

Le titre, vous en conviendrez, fut assez facile à trouver. Le point d’interrogation, en revanche, sous-entend peut être quelques “circonstances atténuantes”. Voilà presque 25 ans, alors que nous étions empêtrés dans une énième crise agricole, j’écrivais en parlant des Pyrénées-Orientales : “Ici, l’Espagne n’est pas encore là, la France n’y est plus tout à fait”. Un quart de siècle plus loin je maintiens la formule. Et je rajoute sans trembler que, depuis 30 ans, les législateurs portent ou ont emporté avec eux une part de responsabilité concernant l’abandon de nos territoires. Car, à tour de rôle, ils ont échoué à faire passer ces messages qui pouvaient inverser ou limiter la déprise. Pourquoi n’y sont-ils pas parvenus ? Peut-être car, trop éloignés de Paris et de ces cercles décisionnels où le lobbying et l’influence prévalent quelquefois sur la démocratie, ils n’ont pas su ou pu ouvrir les bonnes portes.
Samedi à Corneilla de Conflent, même si elles commençaient à sourdre de part et d’autre de la tribune, nous avons évité les joutes politiques. Bien sûr demeurent les opinions, les partis auxquels on doit les investitures, ces budgets qui ne seront pas affectés, ce département qui redoute l’ombre portée d’une Région aux velléités hégémoniques, ces petites communes dont les “comcom” ne font plus qu’une bouchée. Sans oublier l’État, son nouveau capitaine et ses lieutenants de toute évidence peu enclins à s’épancher sur le destin de ces zones retranchées où l’économie ne représente ni un enjeu industriel, ni un enjeu national. Avec, dans les P.-O., un taux de chômage estimé à 14,9 % qui demeure le plus élevé de France. Et puis, il y a ceux qui viennent aux réunions et ceux qui n’y viennent pas. Ces réunions où l’on découpe galettes et où l’on porte couronnes. Et celles, plus périlleuses, où il faut échanger loin des cercles convenus et des discours soigneusement calibrés.

L’impulsion est donnée. Reste à faire vite, très vite !

Voilà pourquoi, même si son intervention fut considérée par certains comme inadaptée ou parfois maladroite, il faut reconnaître à Laurence Gayte le mérite d’avoir assisté à cette rencontre. Elle était la seule à porter la voie de la majorité présidentielle, car élue de La République en marche. Romain Grau qui avait pourtant confirmé sa présence et Sébastien Cazenove qui était excusé, tous deux élus LREM, ne sont pas venus. Parce qu’ils sont élus pour porter, sans distinction, les demandes exprimées au sein des territoires où il n’y a pas si longtemps ils venaient chercher nos voix, ces deux parlementaires devaient aussi être là samedi dernier. Autre absence remarquée celle du maire de Prades, président de la communauté de communes au sein de laquelle se tenait cette réunion. Lui aussi devait être là. Et puis, en dernière minute il nous fit savoir, par personne interposée, que ce ne serait pas possible. Récemment, sur les réseaux sociaux, nombreux furent ceux qui ont salué sa nomination en tant que délégué interministériel aux Jeux Olympiques et aux Grands évènements sportifs. Évidemment, une telle promotion pour un élu qui peut intercéder en faveur de ce département ne peut que susciter l’enthousiasme. Je vais d’ailleurs vous faire un aveu, je comptais un peu sur Jean Castex pour donner un second élan à cette réunion en lui demandant de relayer les demandes et les engagements des uns des autres auprès des ministres concernés par la ruralité qu’il aura forcément l’occasion de croiser dans le cadre de ses nouvelles fonctions. Dommage, car il en va quelquefois des routes qui ne se construisent pas comme des trains qu’il ne faut pas manquer. Souvenons-nous, à ce titre, de ces remparts d’Elseneur où Hamlet ne croisait plus que des ombres. “Qui va là ?” lançait dans sa fameuse réplique Bernardo, gardien de la cité. Plus personne, décidément, aurait-on presque envie de murmurer.
Reste, malgré tout, cette alternative évoquée tour à tour par Hermeline Malherbe, Lauriane Josende et Jean Sol qui consiste, même si l’idée peut paraitre utopique car elle émane de courants politiques discordants, à prôner l’union des bonnes volontés. L’écrivain et prix Goncourt Jean Carrière me confiait un jour : “Tu sais, il est désormais trop tard pour mourir, il va falloir trouver d’urgence une autre solution.” L’impulsion est donnée. Reste à faire vite, très vite. Avant que le “haut pays” ne devienne vraiment cet “arrière-pays” où plus personne ne voudra monter.

2 pensées sur “La faute aux politiques ?

  • 8 février 2018 à 16 h 20 min
    Permalink

    Dans son ensemble, votre analyse ne porte pas à contestation. Toutefois il est nécessaire d’amoindrir votre déception sur la non présence de Romain Grau et de Sébastien Casenove. En n’ayant pas entendu les interventions de leur collègue ils n’ont pas eu à en blêmir.

    Répondre
  • 21 février 2018 à 6 h 12 min
    Permalink

    On attend peut être trop du politique ? Encore faut-il monter des projets collectifs de manière « participative » en faisant circuler l’information et de faire remonter les informations des « particularités » locales et d’être techniquement sérieux et non juge et partie, favoriser son clan et denigrer les autres en oubliant l’intérêt général… Et écouter des bons conseillers et non des canta manana…  » Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette. » CONFUCIUS (sage parmi les sages)

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *