L’allergie

Plus une semaine, un jour, une heure même, sans que la politique ne vienne nous offrir son nouveau spectacle de variétés. Ferrand le justiciable qui, comme promis, accède au perchoir. Benalla le barbouze, qui traite le président de la Commission d’enquête sénatoriale de “petit marquis”, Castaner, Belloudet et Macron qui se mêlent de l’affaire en suscitant quelques remous sur les strapontins du Palais du Luxembourg. Entre temps bien entendu, nous avons eu droit au catalogue des babioles élyséennes. Montre à 250 balles, bracelets à 150 euros, t-shirt et sac brodés “Première dame”, liquette floquée “croquignolesque” ou évoquant la liesse du premier d’entre nous bondissant dans les tribunes moscovites. Sans oublier cette timbale à l’effigie de Jupiter et ce poster à colorier où l’on voit Emmanuel, Brigitte et leur chien Némo posant, bras dessus-dessous, devant la demeure présidentielle.
Que l’on fasse dans le souvenir de pacotille pour vendre du rêve à ceux qui ne peuvent se le payer en leur montrant les ors de l’Elysée, passe encore. Mais que l’on essaye de fourguer son image en entretenant le culte de la personnalité outrepasse, vous en conviendrez, les convenances républicaines. À cela, rajoutons cette petite phrase dominicale qui invite, bien entendu du côté de Lutèce, un jeune chômeur horticulteur à traverser la rue pour trouver un emploi dans la restauration. Des images et des propos immédiatement aspirés par le prisme des médias qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux et donnent lieu à des centaines de milliers de commentaires peu amènes ou hostiles à la posture jupitérienne. Cette posture, en témoignent les récents sondages, que les Français ne supportent plus, car suffisante, inaudible et déconnectée de leurs quotidiens. Hollande les faisait rire, Macron commence à les agacer.

Il restera devant l’histoire comptable de ses actes manqués
Les Français en ont assez. La communication s’essouffle, l’état de grâce est en train de faire long feu. Et les annonces à venir pourraient précipiter encore davantage le désamour ambiant. Avec, dès janvier, l’effet psychologique dévastateur que pourrait avoir le prélèvement à la source sur les faibles revenus. Ou encore toutes ces mesures et autres projets en déshérence vendus à la sauvette auprès d’une opinion publique rétive aux hésitations et aux atermoiements. Nous citerons dans le désordre la suppression du CICE devant être remplacé par une hypothétique réduction des cotisations sociales alors que celles concernant les travailleurs occasionnels viennent d’être supprimées, les coupes sombres dans les administrations, la mise en pratique du plan pauvreté (voir page 15), le plan santé ou, entre autres gadgets nouvellets, le Service national universel. Le tout avec une croissance qui tourne au ralenti, une équation européenne de plus en plus déséquilibrée sur le plan politique, un pouvoir d’achat à la ramasse, une augmentation constante sur la fiscalité des carburants, une hausse de la CSG pour les retraites et cette rumeur qui plane concernant ce qui pourrait venir compenser le manque à gagner sur les taxes d’habitation.
Sans contrepouvoir digne de ce nom, Macron chemine désinvolte et suffisant. Devant le jeune chômeur, dimanche, le souverain parlait de “motivation”. C’est son talon d’Achille. Car si, trop arrogant ou allergisant, il ne parvient pas à “motiver” son peuple, il restera, devant l’histoire, comptable de ses actes manqués. Et, devant les Français, celui qui ne les aura ni compris, ni écoutés.

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