Ceux qui savent

“C’est vrai que les agriculteurs, quand ils sulfatent, envoient des produits dangereux près des maisons ?” Cette question a atterri dans la conversation vendredi soir entre la soupe de légumes et l’omelette aux girolles. À mon grand désespoir elle n’a pas été posée par le présentateur de faction au 20 heures, mais par mon fils. Lequel tenait l’affirmation d’un de ses professeurs. Il y a dans ces messages inculqués dès l’enfance quelque chose de gênant, car forcément orienté. Dire à des gosses qu’ils doivent se méfier de certaines pratiques agricoles sans expliquer pourquoi elles existent, relève de la désinformation. Il en va de même pour ces reportages qui parlent du poison en oubliant d’évoquer la maladie qui nécessite son application. On vous montrera toujours le pulvérisateur en train de traiter, si possible d’ailleurs à proximité d’une crèche ou d’une école. Plus rarement, parce que de toute façon les gens s’en foutent, on vous montrera les dégâts que peuvent causer la flavescence, l’oïdium, le mildiou, la mauvaise herbe ou le puceron sur vigne, en arboriculture ou en maraichage. On n’expliquera jamais à l’auditeur que, si le paysan perd sa production, la denrée se raréfie et les prix augmentent à l’étal. On ne dira jamais au consommateur que quand la France, car confrontée à une panoplie de normes inapplicables, ne pourra plus produire, c’est de Chine ou d’Amérique qu’il dépendra sur le plan alimentaire. Parce que, dans cette société, il y a ceux qui croient savoir car ils adhèrent à un courant de pensée et ceux qui savent parce qu’ils parlent tout simplement de leur métier.

7,3 milliards de lessives par an
Jeudi dernier, lors de la session Chambre d’agriculture, le préfet des P.-O. a donné une définition assez juste du problème concernant l’irrigation : “La question de l’eau relève de plusieurs facteurs : fortes tensions estivales liées au tourisme, besoin de développer l’irrigation, changement climatique, nouveaux habitants.” Judith Carmona, conseillère régionale, signalait dans la foulée que d’ici 2030 la région Occitanie compterait un million de résidents supplémentaires. Voilà où sont les vraies questions. Celles qu’il faut savoir regarder en face quand on prend une douche, quand on jette la tablette chargée en phosphates dans le lave-vaisselle ou la poudre chargée en poly-carboxylates dans le lave-linge, alors qu’en France nous effectuons 7,3 milliards de lessives par an.
Des questions peut être un peu plus compliquées à aborder que celles concernant le quotidien du paysan empêtré dans ses obligations de résultats. Ce paysan qui n’est pourtant pas rétif au débat et qui prend la pleine mesure du problème. Car en première ligne sur le plan sanitaire mais aussi économique, comme l’explique Robert Tricoire atteint de Parkinson dans sa “Libre pensée viticole” en page 10. Alors de grâce, que ceux qui ont des leçons à donner s’en tiennent à celles pour lesquelles ils sont payés.

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