Vins : et maintenant, le frein logistique [par Yann Kerveno]

Alors que les éléments ont de nouveau frappé la planète viticole le contexte politique et douanier n’est pas en reste et a fortement changé la face du monde. Revue de détail avec le courtier Florian Ceschi (Ciatti).

La vendange débute en France, où en est-on du marché mondial ?
En fait, le principal problème aujourd’hui, parce qu’il conditionne tout le reste, c’est celui de la logistique. Il est difficile de trouver des containers vides pour transporter le vin et exporter. Les containers sont concentrés dans l’océan Pacifique, les échanges transpacifiques tournent à plein mais c’est très tendu entre l’Europe et le continent américain ou l’Europe et l’Asie. La rareté produit un fort effet de levier sur les prix du fret qui explosent. Et je ne suis pas sûr qu’il faille s’attendre à une détente, d’autant plus que le secteur du transport continue de se consolider comme on l’a vu tout récemment avec le rachat de Hillebrand, spécialisé dans le transport du vin, par DHL. Quand il y a moins d’opérateurs, les prix ne baissent pas en général.

Le contexte douanier a fortement évolué ces derniers mois, quelles conséquences sont déjà visibles ?
Oui, il y a eu la fin des taxes Trump qui permet, pour les Français et les Italiens, d’exporter de nouveau vers les États-Unis. Et il y a le conflit entre la Chine et l’Australie qui va durer le temps de l’enquête ouverte pour dumping par les Chinois… Donc il est probable que les Australiens ne vendront pas un litre de vin en Chine pendant encore quatre ou cinq ans. Cela nous a profité, nous avons repris pas mal de parts de marché, tout comme les Chiliens, mais comme je le disais juste avant, il est difficile de faire voyager les vins à cause du problème des containers.

La France fera, cette année, une récolte historiquement faible, qu’en est-il dans les autres vignobles du monde ?
Avec la France, l’Italie a aussi payé un lourd tribut à la météo, il y a eu du gel, comme ici, puis de la sécheresse dans le Sud, puis une succession d’orages de grêle dans le Nord du pays qui ont causé des dégâts importants dans le vignoble. En France nous serons, après le gel, la coulure, la sécheresse dans certains vignobles et la pression des maladies sur la vigne dans d’autres, entre – 30 ou – 50 %, mais c’est difficile à estimer pour le moment. La sanction sera peut-être moins sévère en Italie mais ce n’est pas sûr.
Seule l’Espagne, dans le concert des grands pays producteurs, fera une vendange importante. On le voit déjà, il y a des tensions sur les blancs, on le constate sur les chardonnay en France, avec de grandes tensions sur les prix, ils coûtent 50 % plus cher que l’an dernier à la même période. Dans le Gers, où la récolte sera de moitié de ce qu’elle est habituellement, les gros opérateurs qui y sourcent des blancs ne veulent pas perdre leurs volumes, alors les prix montent.

Mais l’Espagne est assise sur un stock déjà important…
Oui, mais ils ont bénéficié de gros achats après le gel en France et en Italie, donc j’ai tendance à penser qu’ils sont plus sereins que les autres années à l’heure de rentrer leur vendange. Il faut d’ailleurs remarquer que les prix du vin en Espagne n’ont pas vraiment décroché, comme ils le font habituellement au mois de janvier et la nouvelle campagne démarre sur les mêmes bases que celle du début de l’été. Les Italiens ont en particulier contractualisé depuis l’Espagne pour des moûts et des concentrés.

Et sur le continent américain ?
En Californie, le commerce des vins est tiré par la consommation locale toujours très active. Le goût de fumée, consécutif aux incendies de l’an passé, a contraint de dégager du marché pas mal de produits et même si les exportations n’ont pas été très soutenues, les prix ont doublé depuis deux ans.
Le Chili expérimente le changement climatique avec du gel, de la sécheresse et des pluies pendant les vendanges, ils ont donc rentré une petite récolte et se sont fait dévaliser par les acheteurs américains et chinois. Donc là aussi les prix montent même s’ils sont contraints aux mêmes problèmes de logistique que chez nous. Et la situation va se gâter parce que les productions fruitières du pays arrivent et les opérateurs du secteur, bien plus importants que dans le vin, vont faire pression sur les prix du fret parce qu’ils auront besoin de capacités d’expédition.

Et l’Australie donc ?
Puisque le marché chinois est fermé pour eux ils vont devoir réinventer leur politique commerciale. Seuls les blancs se vendent plutôt bien, notamment le pinot grigio mais aussi le sémillon et le chardonnay qui ont pour débouché naturel le Royaume-Uni. Pour les rouges, ils prenaient un peu tout le monde de haut, vu leurs succès, et consacraient tout au marché chinois sur lequel ils vendaient de 3 à 5 dollars le litre (1,9 à 3,10 €), ne laissant que les blancs aux autres acheteurs potentiels. Aujourd’hui, ils n’ont plus de marché pour les rouges et les prix ont chuté de manière importante.
Dans le pays voisin, la Nouvelle-Zélande, c’est un peu n’importe quoi, les prix flambent, il n’y a pas de disponibilité et la petite récolte de cette année a accentué le décalage entre la demande, très vive, et l’offre. Il se négocie déjà des précontrats sur le millésime 2022…

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