Train-train post-ministériel [par Jean-Paul Pelras]

Buzyn à l’OMS, N’Daye chez Adecco France, Pénicaud à l’OCDE, Royal aux pôles arctique et antarctique, Bachelot aux Grosses têtes et, entre autres innombrables ou rocambolesques reconversions ministérielles, Castex à l’AFIT. Comprenez : l’Agence de financement des infrastructures de transports. Du moins c’est ce que précise l’Élysée sur son site : “Le président de la République envisage, sur proposition de la Première ministre, de nommer M. Jean Castex en qualité de président du conseil d’administration de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France.” Voilà à quoi pourrait ressembler l’avenir de celui qui, après avoir passé deux ans à Matignon, a peut-être fini de repeindre ses volets du côté de Prades dans les Pyrénées-Orientales. Il déclarait d’ailleurs récemment, par prémonition peut-être, vouloir retourner vivre à Paris.

Donc l’AFIT ! Quesako ? Il s’agit d’une administration publique présidée jusqu’ici par Christophe Bechu propulsé nouveau ministre de l’Écologie. La place est donc disponible. Créée en 2003, cette structure fut depuis présidée par quelques anciens ministres dont Dominique Perben et Gérard Longuet. Rémunérés 42 000 euros par an (3 500 euros par mois) pour une journée et demi de présence par semaine (Ouest France 10-06-21), les responsables de cette institution disposent, pour la financer, de ressources pérennes. Il s’agit de fractions prélevées sur les redevances domaniales des sociétés concessionnaires d’autoroutes, sur la taxe d’aménagement du territoire, sur les amendes forfaitaires des radars automatiques, sur la taxe intérieure de consommation des produits énergétiques (TICPE).
À hauteur d’environ 3,5 milliards d’euros (budget 2021), cette boîte aux lettres relaye les décisions prises par le ministère des Transports et redistribue les subsides aux transports ferroviaires et collectifs, aux infrastructures routières, aux voies navigables et autres ports maritimes.

Une “coquille vide” selon la Cour des comptes qui émet des critiques régulières sur l’AFIT, allant même jusqu’à préconiser sa suppression et recommandant que ses activités intègrent la Direction générale des infrastructures des transports et de la mer.

Caser ou recaser les “serviteurs” de la République

L’État comptait ainsi, en 2019, 1 200 agences employant au total 458 000 agents, le coût de ces structures avoisinant 80 milliards d’euros. Afin de juguler les dépenses publiques, Édouard Philippe avait préconisé la réduction de certains de ces organismes consultatifs, baptisés fort justement “comités Théodule”. Son successeur, qui appréciait à la fois les trains de nuit et les jets privés n’a, de toute évidence, pas les mêmes notions de rigueur et d’économie.

À l’heure où, après nous avoir dit que tout allait très bien, l’État nous prépare à ce qu’il ne faut surtout pas appeler “inflation et récession”, les organismes publics coûteux, obsolètes, inappropriés et inutiles continuent de percevoir des crédits financés par nos impôts pour caser ou recaser les “serviteurs” de la République. Avec, en l’occurrence, une présidence de l’AFIT encouragée par Macron en personne qui reviendrait donc à Jean Castex.
Comme chacun le sait, passionné de train, l’ex-Premier ministre va-t-il profiter de ce poste pour faire accélérer l’arrivée du TGV dans les P.-O. et l’aménagement de la RN 116 ? C’est ce qui justifiera probablement et très officiellement cette “promotion”.
Ensuite, le temps s’écoulera. Et, petit à petit, loin, très loin de Paris, empêtrés dans nos préoccupations, nous oublierons certainement très vite l’ancien locataire de Matignon.

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