Si nous nous en sortons… [par Jean-Paul Pelras]

Oui, si nous nous en sortons, car dans le cas contraire il ne restera plus grand chose à écrire, à voir et à raconter, nous devrons redéfinir, dans l’urgence, un certain nombre de priorités. Tout d’abord celle qui consiste à regarder l’histoire en face, avec pragmatisme et sans déni. Cette histoire qui nous revient comme un boomerang 32 ans après la chute du Mur de Berlin et la fin d’une époque mal soldée qui laisse aux Russes l’impression d’avoir été mis à l’écart, déconsidérés, humiliés. C’est du moins, en maniant à la fois le culte de la persécution et celui de la virilité, ce que Poutine vend à son peuple pour étayer son action, pour justifier ses agressions. Patiemment, alors que les occidentaux vaquaient à leurs occupations en se disant qu’à l’Est il n’y aurait plus jamais rien de nouveau, Vladimir, comme le fit Adolf avec le Troisième Reich en violation du Traité de Versailles au début des années 30, a transformé l’armée d’un pays où les chars tenaient avec des fils de fer en première puissance nucléaire. C’est d’ailleurs cette anticipation, ce calcul qui doit nous inquiéter car, s’il est synonyme de détermination, l’escalade pourrait bien continuer et nos gesticulations s’avérer totalement inappropriées.

Nonobstant ce constat et en admettant qu’il suffise de croiser les doigts pour conjurer le pire, pensons à demain et au retour des éclaircies. Puisque, cette fois-ci, encore groggys par la charge de l’avertissement, nous savons. Nous savons et nous devons prévoir ! Prévoir sans se fier au protectorat étasunien, sans se dire que c’était un coup de bluff et que désormais, une fois les missiles et les kalachnikovs rangés, tout ira à nouveau très bien. Prévoir, car l’Europe, à bien y regarder n’existe pas ou du moins pas encore. Elle n’est qu’un puzzle démêlé, une idée, un jeu de construction laissé au bon soin de technocrates surpayés et déconnectés, nous sommes en train de le constater, des réalités. Prévoir une réindustrialisation, une relance de l’agriculture (voir lettre à Emmanuel Macron ci-dessous), un développement de nos ressources énergétiques, un réarmement (de toute évidence déjà acté par nos voisins allemands) et, entre autres urgences, une amélioration conséquente de notre système de santé.

Une certaine intelligence politique

Des impératifs qui nécessitent des moyens et, de facto, une redéfinition des priorités. Il faudra pour cela renouer avec une certaine intelligence politique. Celle qui n’ira pas consulter Hanouna, Sibeth Ndiaye, Lucchini, Benalla, quelques rappeurs en bas résille, Mac Fly ou Carlito, pour savoir comment gouverner un pays en s’inspirant des effets de mode et de leurs tempos. La géopolitique n’est pas un spectacle de variété où, pendant que certains recevaient l’écologiste Greta Thunberg sur les bancs de l’Assemblée, à 2 000 kilomètres de là se reformait l’hydre du KGB.

Vous m’avez souvent vu employer le terme “obligation de résultats”. Nous y voilà, à l’aune d’une élection sans campagne, courue d’avance, cousue d’avance. Nous y voilà, avec des postulants à la députation qui devront exceller cette fois-ci autrement que dans la figuration. Avec 2 800 milliards d’euros de dette publique jetés par les fenêtres de l’incurie et parfois même de la corruption. Nous y voilà, avec des gens élus depuis trop longtemps pour défendre leurs intérêts plus que celui de la nation, dans un monde qui ne supporte ni la négligence, ni la déréliction. Là où, tôt ou tard, la réalité finit par dépasser l’affliction.

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