Saint-Martin : la nostalgie des foires agricoles d’antan [par Thierry Masdéu]

Plus de 260 années d’histoire lient Perpignan à sa foire du 11 novembre, jour de la Saint-Martin. Initialement sous statut de “Franche” cette foire était même autorisée à être exempte, durant les trois jours de sa tenue et les quatre qui la précédaient, de tous droits de leude foraine**, taxes locales et péages pour faciliter les échanges commerciaux de draps, denrées, grains, bestiaux et autres productions. Une économie indispensable pour cette province du Roussillon, annexée depuis un siècle au royaume de France, qui avait toujours marchandé avec ses proches voisins du Languedoc et de sa Catalogne déchue. Si au fil des siècles, telle qu’on l’a connaît actuellement, la partie ludique des saltimbanques, camelots et autres attractions foraines a pris la main sur celles des ventes et expositions de bestiaux et matériels agricoles, certains concessionnaires d’agroéquipements essayent de maintenir une partie de cette tradition paysanne en organisant, chaque 11 novembre, une journée portes ouvertes de leurs établissements. C’est le cas de l’entreprise familiale Xambili qui, depuis 5 générations, des premières faucheuses, moissonneuses lieuses à traction animale, de l’ancêtre Auguste, aux tracteurs et machines à vendanger de l’actuel gérant, Benoît, accompagne les agriculteurs dans leurs besoins en outillage.

“Il y avait foule”

Une enseigne qui souhaite que l’ensemble des équipementiers agricoles maintiennent cette date symbolique pour la tenue de ces portes ouvertes. “C’est un devoir, d’une part de mémoire pour ces foires paysannes d’antan qui ont toujours été, pour le milieu agricole, l’occasion de rencontres conviviales, des bonnes affaires, et d’autre part, pour perpétrer l’initiative des établissements Ferrat qui ont organisé les premières en 1990, lors de l’abandon définitif de cette kermesse agricole !” défend avec conviction Benoît Xambili, nostalgique aussi des récits de son père, Christian, qui se souvient… “Il y avait foule les 11 novembre autour des stands des exposants. Vers les années 1960, les concessionnaires de matériels agricoles s’organisent et quittent les allées de la promenade des platanes pour s’installer au marché de gros de Perpignan, proche du marché aux bestiaux, sur la zone de l’espace Méditerranée et de l’actuel théâtre de l’Archipel.” Mais vers les années 1980, la foire des exposants agricoles est déplacée vers le marché de gros de la zone Saint-Charles. Cela signera le début de son déclin, trop excentrée de l’animation de la ville, le manque de visiteurs se fait sentir et conduira les exposants à y mettre un terme dès la fin des années 80.

Une page de l’histoire animée et passionnée se tourne, comme celle du marché aux bestiaux qui dans les années 30 battait son plein tel que le décrit dans son livre “Au village de mon enfance” l’écrivain de Salses, député, secrétaire d’État à l’Industrie et au Commerce, et président de l’ORTF, Arthur Conte. Extrait : “… Pour aller à Perpignan, il nous faut près de trois heures de break ou de charrette. Nous y allons surtout le 11 novembre, mon plus beau jour de l’année, date de la foire de Saint-Martin. Nous quittons Salses quand il fait nuit encore. Arrivés à Perpignan, nous laissons « Coquette » chez un maquignon, puis, avec les hommes, nous allons à la foire aux bestiaux, où on fait foule pour voir chevaux, baudets, porcs et moutons. Nous, de tout le matin, nous ne quittons pas les chevaux. On m’enseigne rapidement à distinguer un percheron d’un breton ou d’un boulonnais ; j’apprends aussi à séparer un cheval faux d’un animal franc, une encolure molle d’un solide poitrail pour grand labour…”

De la traction animale à la mécanisation

Arnaud Noël avec le modèle du 1er tracteur Massey Harris qu’il a vendu en 1969. (Photo Guillem Arnaud)

La fin d’une époque que regrette aussi, pour la foire d’automne de Bourg-Madame, Noël Arnaud ancien concessionnaire de matériel agricole basé en Cerdagne. “Même si cette foire était beaucoup plus petite que celle de Perpignan, elle attirait beaucoup de monde et nous n’étions que trois à exposer du matériel agricole. J’ai commencé en 1969 par vendre des petits tracteurs d’occasion, des Massey Harris, dont le premier a été vendu à monsieur Noguès de Matemale. Ces tracteurs j’allais les chercher chez des concessionnaires du côté de l’Aveyron et de Toulouse. Ces foires permettaient de faire des rencontres, des affaires où on arrivait à vendre jusqu’à 24 tronçonneuses dans la même journée !” relate avec passion Noël qui a légué, depuis, son affaire, aujourd’hui “Agri Cerdagne”, aux membres de la famille. “Je me souviens aussi que pour certains agriculteurs, ces foires étaient l’occasion d’entamer le début du passage de la traction animale à celle de la mécanisation. Cela n’a pas été aussi facile que l’on peut le croire, car la plupart avaient un âge avancé, n’avaient pas de permis de conduire et il a fallu leur enseigner tout, les former de A à Z, comment labourer, faucher, etc. !” Une tradition d’exposants de matériels agricoles que seule aujourd’hui la famille Arnaud continue de perpétrer en participant à chaque foire d’automne de Bourg-Madame.

Contacts : Xambili 04 68 85 53 86 – https://xambili.com
Agri-Cerdagne 04 68 04 80 60 – secretariat@agri-cerdagne.fr

** impôt seigneurial sur toutes marchandises vendues par des étrangers.

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