« Quoi qu’il en coûte … » (Par Jean-Paul Pelras)

Coronavirus. Restez chez vous. C’est open bar. On s’occupe de tout. Mais au bout du compte, qui paiera l’addition ?

 

Prise en charge intégrale du chômage partiel quelle que soit la rémunération, reports d’impôts, reports de charges sociales, garanties sur les prêts bancaires, fonds de solidarité … « Tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et nos entreprises quoi qu’il en coûte » déclarait Emmanuel Macron jeudi soir devant des millions de téléspectateurs ballotés entre psychose et interrogations.

Et le ministre de l’Economie qui en rajoute une couche le lendemain sur BFMTV : «  Nous ferons tout ce qu’il faudra pour soutenir nos entreprises. Cela coutera des dizaines de milliards d’euros … » A ce moment-là,  tu te pinces pour y croire. Parce que tu ne sais pas si c’est de l’art ou du cochon.  Et tu te demandes, in petto, où ils vont trouver l’oseille avec un déficit qui avoisinait (du moins c’est ce qu’on nous a appris à l’école mon fils …) 2415 milliards d’euros et des brouettes fin 2019. Soit, moulé à la louche, environ 100 % du PIB.

Depuis des mois qu’il racle les fonds de tiroir pour rafistoler à peu près tout ce que la France compte comme secteurs d’activités, nous sommes en droit de nous demander, alors que l’an passé 52 000 entreprises ont déposé le bilan, avec quelle poudre de perlimpinpin l’Etat providence va-t-il colmater la brèche.

Souvenez-vous,  de 87 000 milliards de dollars en 2000, la dette mondiale est passée à 250 000 milliards en 2020. En d’autres termes, chaque habitant de la planète porte sur ses épaules une dette d’environ 30 000 euros, soit trois fois plus que ce qu’il peut produire en moyenne sur une année.  Depuis la crise de 2008, des centaines de milliards de dollars dans ce qui ressemble fort à un tonneau des danaïdes version big-data ont été injectés dans l’économie par les banques centrales. Résultat des courses, les Etats s’endettent à moindre frais et la fructification, celle qui permet de fabriquer de l’argent avec de l’argent, atteint ses limites car les taux d’intérêts sont très bas. Le principe selon lequel seul le crédit encourage la croissance est donc malmené avec, de surcroit, une dette mondiale qu’aucune réforme structurelle ne peut juguler.

Ou comment le carrosse restera toujours citrouille.

Une partie de l’argent qui circule grâce au fonctionnement des « planches à billets » peut donc être comparé à de la fausse monnaie qui risque de ne jamais se transformer en or. Ou comment le carrosse restera toujours citrouille.

Mais revenons aux dizaines de milliards d’euros que Bruno Le Maire s’apprête à engager. Bruno Le Maire que nous pourrions comparer à l’américain Milton Friedman, inventeur en 1969 de  « L’hélicoptère monétaire ». Pour lutter contre la déflation et la baisse des prix, l’économiste proposait en effet de distribuer gratuitement de l’argent aux populations…

Reste à savoir, une fois la pandémie derrière nous, comment notre pays et ceux qui auront ouvert le ventre de la poule aux oeufs d’or vont faire pour renflouer ce Titanic monétaire ? En flambant la dette comme le suggérait Attali !  Ou bien, et c’est ce que les gouvernements savent faire de mieux une fois passé le temps des promesses et des illusions, en augmentant l’impôt, solidarité nationale oblige ! Ce qui, bien évidemment, relève de la plus élémentaire logique. Et ce, même si cette option ne figure pas pour l’instant, à l’heure de l’émotion et de la solennité, sur le mode d’emploi fourni par l’Elysée.

Nonobstant cette petite interrogation qui ne doit surtout pas nous faire oublier ce qui monopolise nos nuits et nos journées entre deux reportages sur le cout des tests de dépistages et leur surprenante rareté, nous pouvons, dans cette crise, débusquer une maigre consolation. Sur ce coup-là, c’est l’économie qui fait trembler l’édifice. Et non quelques traders nouvellets et autres boursicoteurs rompus aux entourloupes virtuelles. D’où peut-être, dans le discours présidentiel, cette allusion à « la rupture » qui pourrait induire, pourquoi pas, un changement de « modèle ».

                                                                                                    

                                                                                                  

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