Qu’attendre du millésime 2022 en Roussillon ? [par yann Kerveno]

Peu de volumes mais de la qualité au bout de vendanges très compliquées.

Dans le secret des chais, au milieu de l’hiver qui arrive enfin, on peut prendre le temps de regarder un peu en arrière. Et de jeter un œil à ce très difficile, c’est le mot que l’on retiendra, millésime 2022. Pour faire vite, souvenez-vous : un printemps pluvieux les premiers jours puis plus rien, juste de la sécheresse, pas de vent, pas d’orages ou si peu et de fortes chaleurs. L’année 2022 fait date dans les annales de la météo.

Dans les vignes, l’année se caractérise par une grande hétérogénéité des maturités, une souffrance visible de la vigne, des vendanges à rallonge, parmi les plus longues jamais vécues par nombre de vignerons. “Pour s’en sortir, il a fallu de la technologie et du discernement dans les prises de décisions” résume l’œnologue Jean-Michel Barcelo. “Il a fallu du froid, parce que même en vendangeant la nuit à la machine, c’était trop chaud…” Il a fallu jouer aussi avec les degrés, “compte tenu des conditions, il a fallu attendre parfois 16 ou 17° sur les grenaches pour avoir des maturités convenables.” Outre la longueur des vendanges, le millésime a aussi été marqué par sa précocité. “Il a fallu que les vignerons soient très présents dans les vignes pour ne pas manquer le coche” souligne pour sa part Hélène Teixidor, “il ne fallait pas traîner pour conserver de la fraîcheur sur les blancs et les rosés…”

Du côté de la qualité, elle estime que le département s’en sort très bien, surtout au regard des autres vignobles de la région. “Mais pour les rouges, il a fallu travailler l’acidité pour compenser le petit plus d’alcool dans les jus par rapport à 2021. En règle générale, c’est un millésime très technique mais qualitatif et nous avons moins rencontré de volatils que l’an passé, les vignerons maîtrisent ces problèmes de mieux en mieux”. “Après, nous avons de la chance parce que même si les volumes ne sont pas là, nous avons une qualité qu’il n’y a pas forcément ailleurs, en particulier pour les acheteurs qui sont en recherche de rouges très concentrés et qualitatifs” ajoute Jean-Michel Barcelo. Mais de son côté, Isabelle Cutzach-Billard prévient, “le manque d’acidité auquel nous avons été confrontés incite à ne pas trop conserver les vins, il ne faudra pas traîner pour les mises en bouteille et les ventes”.

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