Plantes invasives : la menace est dans nos jardins [par Yann Kerveno]

Elles embellissent nos jardins parfois mais peuvent se révéler un tantinet pénibles pour les alentours, surtout si ces plantes venues d’ailleurs ont l’âme de colonisatrices… Prudence étant mère de sûreté…

On connaît, parce qu’il s’en parle assez souvent, les espèces animales invasives, des perches aux écrevisses, en passant par le lapin et sa funeste destinée australienne. Ce que l’on sait moins, c’est que les plantes peuvent poser tout autant de problèmes que les animaux en la matière. Jardinier professionnel à Corbères, Yannick Lopez incite à regarder à deux fois et à se renseigner correctement avant d’agrémenter son jardin. Naturaliste, il profite de ses balades pour tenir le compte de ces nouvelles venues dans notre paysage.
“Ce qu’on voit de plus en plus aujourd’hui, en particulier sur les bords de la Têt, c’est Artemisia. Elle n’est pas encore classée comme préoccupante, mais elle le sera certainement d’ici une quinzaine d’années, comme l’est aujourd’hui sa cousine l’Ambroisie qui pose tant de problèmes” prévient-il. “Pourquoi, dès lors que nous savons cela, ne pas agir dès maintenant ?” Autre végétal qu’il a dans le collimateur, le Budjella du père David, aussi appelé l’arbre à papillon ou lilas d’été. Ses fleurs violettes sont peut-être du meilleur effet dans les jardins mais on en trouve aujourd’hui en milieu sauvage, loin des zones urbanisées. “J’en ai vu notamment dans la vallée du Llech, au Mas Mallet, à 800 mètres d’altitude” précise-t-il “et dans les jachères autour de Pepignan.” Cette plante présente plusieurs problèmes si elle sort du cadre, en théorie confinée des jardins, en particulier parce que chaque arbuste peut produire trois millions de graines par an… Un coup de tramontane et vous imaginez le désastre potentiel.

Buddleia Davidii ou Arbre aux papillons. Photo J.F. Gaffard

Des millions de graines

À partir de là, elle concurrence fortement la végétation locale endémique de nos milieux naturels. Troisième risque identifié par Yannick Lopez, mais aussi tous les naturalistes, l’herbe de la Pampa et ses massifs de deux à trois mètres de haut, si prisée des aménageurs de ronds-points et de jardins, et qui est susceptible “de coûter des milliers d’euros pour en débarrasser des parcelles agricoles touchées…” Là encore, les risques posés sont importants à cause de sa capacité de dissémination, plusieurs millions de graines par plante, capables de voyager sur plusieurs dizaines de kilomètres… Sans compter qu’elle fournit un combustible idéal pour la propagation des incendies… “Le problème de ce genre de plante c’est qu’on en vend partout sans précaution et ce n’est pas cher” regrette Yannick Lopez, “alors que nous avons des plantes locales qui peuvent souvent faire l’affaire. Elles sont là depuis plus longtemps, mais on pourrait aussi se poser la question d’autres essences, le laurier-rose par exemple, le thuya, le pittosporum… Qui n’ont originellement rien à voir avec notre région. Et ce qui est agaçant c’est que ce sont souvent des gens qui ont une sensibilité écologique qui plantent ces variétés…” grince-t-il ensuite.

Du choix local

Les risques sont patents : depuis le déséquilibre des écosystèmes locaux en passant par l’invasion des parcelles agricoles et la difficulté de gestion qu’elles impliquent en aval jusqu’à la disparition, à terme, d’espèces endémiques et locales. “C’est un mouvement qui commence à peine chez les jardiniers et les paysagistes, mais on voit se développer une tendance nouvelle à privilégier les espèces locales” se félicite-t-il. “Certaines pépinières s’y mettent aussi, cela va dans le bon sens, mais il faut aussi, il faudra aussi, que les propriétaires de jardins aient conscience des risques qu’ils font courir à l’extérieur de leur propre parcelle.”
Qui imagine en effet aujourd’hui, plantant de bonne foi une touffe d’herbe de la pampa au bout de sa terrasse, qu’elle sera vite susceptible de “faire des petits” à 20 kilomètres de là dans une prairie pacagée par des brebis ? “Nous avons par ici un large éventail de plantes de jardin que nous négligeons, principalement parce que leur croissance est moins rapide que ces espèces « bling bling », il y a le laurier thym pour remplacer le laurier-rose, le fusain d’Europe, le frêne, le chêne, le tilleul, le mûrier blanc… Pour les arbres on a ce qu’il faut…”

Et si vous tenez absolument à orner votre jardin de plantes exotiques, préférez les variétés stériles qui ne mettront pas en danger la végétation alentour. “Il faut chercher un peu mais, par exemple, on peut très bien remplacer la stipa des jardins par l’aphyllante de Montpellier aux jolies fleurs bleues.” Alors, à l’heure de penser votre jardin au printemps, renseignez-vous !

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