“Pesticides” : cet irresponsable acharnement médiatique [par Jean-Paul Pelras]

Certains médias l’ont bien compris, pour attirer le chaland il faut vendre la peur ou promouvoir le rêve. Concernant le rêve, nous disposions ces derniers temps en magasin du Festival de Cannes avec son défilé d’artistes plus ou moins moralisateurs et le monde du football avec ses businessmans multimillionnaires. Concernant la peur, nous pouvons compter sur les phytosanitaires plus communément appelés “pesticides” qui s’invitent régulièrement en Une des journaux ou dans les reportages audiovisuels afin d’alerter la population sur les dangers que représente leur utilisation. Une population bien évidemment sensible à certains arguments dès qu’il s’agit de notre santé et de notre alimentation. Une avalanche de recommandations qui côtoient désormais dangereusement la devise “Tout ce que je ne mange pas me fait du bien” et qui discréditent un peu plus chaque jour les productions agricoles.

Tel le journal Le Monde qui titre, sous la plume de Stéphane Foucart, “Les résidus de pesticides pourraient annuler le bénéfice sanitaire des fruits et légumes”. Pour avancer cette hypothèse, cet habitué des papiers à charge contre l’agriculture conventionnelle s’appuie sur une étude américaine publiée par la revue Environment international. Laquelle a passé au crible “les habitudes américaines de 160 000 personnes et leur impact sur la mortalité”. Autre étude également évoquée ces jours-ci par Le Monde et de nombreux médias, celle de l’ONG Pesticide Action Network qui nous dit qu’un tiers des fruits et légumes produits en Europe est “contaminé par des pesticides dangereux”. Et ce, hasard du calendrier médiatique, alors que le commerce du bio, dégringolade du pouvoir d’achat oblige, déplore une baisse brutale de sa fréquentation. Et ce, alors que le Sri Lanka a dû faire marche arrière en abandonnant sa politique 100 % bio, le pays étant confronté à des baisses de productions historiques et à des révoltes suscitées par la flambée des cours ou les pénuries.
Un scenario tout à fait envisageable dans nos pays occidentaux si, tel que le préconisent les décroissants et les “déconstructeurs”, nous abandonnons les moyens qui nous permettent de lutter contre les maladies et les prédateurs capables de détruire les cultures en moins d’une saison.

Jusqu’à quand va-t-on cautionner cette information empirique, politiquement orientée, systématiquement anxiogène ?

Comment, considérant le contexte de tension alimentaire que nous traversons, une radio du service public comme France Info peut-elle relayer à grande échelle l’étude de Pesticide Action Network, proche entre autres de l’ONG Générations Futures, sans discernement, sans entrevoir un parti pris manifeste alors que l’utilisation des produits phytos est en constante baisse depuis des années, alors que les normes imposées par les lobbies environnementalistes sont de plus en plus draconiennes, alors que la liste des produits autorisés et commercialisés ne cesse de diminuer, alors que les agriculteurs français sont confrontés au dogme des compétitions déloyales car leurs coûts de production sont majorés, notamment par l’application stricte de pratiques vertueuses ?

Les ONG feraient mieux, à ce propos, de se pencher sur les importations de fruits et légumes en provenance d’Espagne ou des pays du Maghreb. En vérifiant, au passage, les teneurs en résidus de pesticides et en se renseignant sur les conditions de travail lamentables en vigueur dans certains pays grands exportateurs de denrées agricoles. Mais il est évidemment plus facile de désigner la production nationale que d’aller taper à la porte de Mohamed VI…

À bien y regarder, il existe donc désormais deux tendances. Celle qui produit et celle qui contrôle. La première essayant de vivre de son travail et la seconde, ce qui est certainement beaucoup moins coûteux et éreintant, prospérant en publiant des pourcentages.
Jusqu’à quand va-t-on cautionner cette information empirique, politiquement orientée, systématiquement anxiogène ? Que ceux qui prônent l’arrêt des pesticides aillent dans le Midi de la France essayer de récolter des cerises non traitées contre la mouche. Et nous verrons, après avoir fait interdire les insecticides, ce qu’ils seront encore capables de récolter. Qu’ils aillent échanger dans les vergers avec les arboriculteurs qui sont en train de tronçonner leurs arbres. Qu’ils aillent expliquer aux maraichers comment se passer de fongicides quand les récoltes sont en train de crever sur pied et aux viticulteurs qui ne peuvent labourer mécaniquement, pourquoi ils devront reprendre la pioche et abandonner la machine à sulfater. Qu’ils aillent travailler la terre à leur place, lutter contre les éléments et rembourser les prêts à la fin du mois. Une expérience autrement plus compliquée que celle consistant à publier in extenso des études américaines pour vendre du papier ou capter de l’audience.

Est-ce que les agriculteurs s’occupent de ceux qui passent leur temps à les accuser en dénonçant à longueur de journée leurs méthodes dans des publications “dangereuses, nocives, arbitraires, inadaptées”. Non, car ils ont autre chose à faire. Et pourtant à bien y regarder, ils devraient !

One thought on ““Pesticides” : cet irresponsable acharnement médiatique [par Jean-Paul Pelras]

  • 1 juin 2022 à 16 h 04 min
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    tellement vrai ! Bravo ! continuez !

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