Pêches-Nectarine : une année à risque

Cette année, ce sont les producteurs espagnols qui régalent, malgré eux, les autres bassins européens avec une récolte annoncée de 70 % inférieure à la moyenne. Mais rien n’est gagné pour autant.

Le gel a donc frappé les vergers espagnols pour la troisième année consécutive mais cette fois avec une ampleur jamais égalée. Au moins de mémoire d’arboriculteur de la vallée de l’Ebre. Au total, ce sont 30 000 hectares de vergers qui ont été touchés dont une partie à 100 % par les nuits de gel survenues début avril. Pour la production de la Catalogne et de l’Aragon, les deux régions les plus touchées, les comptes sont cruels. La Catalogne n’atteindra probablement pas peine les 170 000 tonnes, c’est 70 % en dessous de son potentiel, l’Aragon aura de la peine à commercialiser 150 000 tonnes. Les autres régions d’Espagne, passée au travers de cette catastrophe atteindront peu ou prou leur potentiel mais ne sauveront pas la production nationale estimée pour cette campagne à 900 000 tonnes environ, contre 1,3 million de tonnes l’an passé, autre année de gel et 1,5 million de tonnes en moyenne. Seule la province de Murcia ira au-delà de la moyenne de ces cinq dernières années grâce aux pêches plates (150 000 T) dont elle s’est fait une championne.

196 000 tonnes pour la France

Ailleurs, les productions retrouvent des couleurs habituelles les autres bassins de production européens ayant été épargnés par les catastrophes climatiques. La Grèce devrait approcher les 700 000 tonnes dont la moitié en Pavie. Il en est ainsi également en Italie qui récupère, après une année marquée par le gel, une production estimée à 1,08 million de tonnes légèrement en deçà de la moyenne 2016-2020 (-8 %), probablement à cause de la réduction sensible des surfaces, -10 % en 2021 et - 4 % estimés en 2022. En France, les premières pêches sont arrivées cette semaine sur le marché, le gel s’est aussi montré discret cette année même s’il a durement touché, à la marge, les vergers en Conflent par exemple. La production 2022 doit s’établir à 196 000 tonnes, c’est 20 % de plus que l’an dernier quand le gel avait éliminé une partie de la production de Rhône-Alpes et 1 % en retrait de la moyenne 2016-2020. Mais le taux de renouvellement du verger est satisfaisant. Rhône-Alpes devrait contribuer pour 43 000 tonnes, Provence-Alpes-Côte d’Azur pour 60 000 tonnes et Languedoc Roussillon pour 80 000 tonnes.

Quatre handicaps

Si tout le monde s'accorde pour estimer que la campagne sera courte en volumes, donc a priori correcte à bonne commercialement comme elle le fut l’an dernier, les conditions ont beaucoup évolué. Avec quatre sérieux problèmes : l’augmentation des coûts de production qui touche tous les bassins, la difficulté à faire passer ces augmentations aux distributeurs et enfin l’atonie de la consommation et la menace de l’inflation. « On a des témoignages de producteurs en Andalousie, ils ont commencé leur saison, qui signalent une très forte pression des distributeurs sur les prix » rapporte l'Espagnol, Javier Basols. « Dans le contexte actuel, avec une consommation peu dynamique sur le rayon fruits et légumes, l’heure est à la bataille des prix entre enseignes » ajoutait Bruno Darnaud, président de l’AOP pêches nectarines. Ajoutez une petite couche d’inflation et de contraction du pouvoir d’achat et vous avez tous les ingrédients pour qu’une année prometteuse accouche d’une souris douloureuse.

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