Parce que rien n’est jamais simple 2022 – #18 [par Yann Kerveno]

Céréales

Il était évident que les millions de tonnes de céréales qui sont coincées dans les silos ukrainiens de la mer noire allaient rapidement devenir un enjeu. La semaine passée les autorités ukrainiennes ont accusé la Russie de voler le blé stocké dans la région de Kherson, dans le Sud du pays. Les soldats pourraient confisquer jusqu’à 70 % du grain à récolter dans les exploitations agricoles, en plus du matériel ou carrément des terres, comme le raconte le site Euromaidenpress citant un agriculteur local à qui l’on a confisqué 20 000 hectares de terres. Les autorités judiciaires ukrainiennes ont par ailleurs ouvert une enquête contre des soldats russes qui auraient volé, faisant usage de la force, 61 tonnes de blé dans une ferme de la région de Zaporizhzhia.

Engrais

En attendant, il y a aussi un sujet géopolitique qui reste bien sous le radar et il faut aller jeter un œil dans la presse espagnole pour en entendre parler. Il s’agit du phosphate, de l’engrais quoi, dont le Maroc détient 70 % des réserves mondiales facilement accessibles, les deux autres grands producteurs potentiels étant la Chine et la Russie. Mais, parce qu’il y a un “mais”, une bonne partie de ces phosphates marocains sont en fait au… Sahara Occidental.
La région, c’est une ancienne colonie espagnole qui n’a pas le statut de pays autonome, est convoitée par le Maroc (qui l’occupe depuis 1975) et les Sarhaouis, soutenus par leur voisin algérien. Voilà qui risque de raviver un nouveau point de tension propre à jeter de l’huile sur le feu des crises alimentaires, alors même que l’Espagne semble vouloir changer sa doctrine et soutenir le Maroc. À suivre.

Blé indien

La tension sur les prix du blé ne se démentant pas, elle fait le bonheur des agriculteurs indiens qui vendent leur récolte au prix mondial qui a dépassé le prix fixé par l’État pour le rachat des céréales. Voilà de quoi réjouir les producteurs, qui dégagent une marge plus importante, mais aussi les finances indiennes, soulagées de l’achat de quelques millions de tonnes de blé. Un poste qui a pesé, l’an dernier, 11 milliards de dollars pour 43 millions de tonnes acquises. Cette année, les achats pourraient ainsi descendre sous les 30 millions de tonnes.

Changement climatique

En Irlande du Nord, le monde de l’élevage est sous le choc à cause des nouveaux engagements carbone du gouvernement du pays qui prévoit que le secteur agricole soit neutre en 2050 et ait coupé ses émissions de méthane de moitié à la même échéance. Dans les chiffres, ces mesures impliquent en effet que l’élevage irlandais fasse une croix sur un million de ruminants, (700 000 ovins et 500 000 bovins).

En Californie, c’est probablement le climat qui fera le travail de nettoyage dans les différentes productions. La sécheresse qui sévit depuis plusieurs années dans l’Ouest américain n’a pas de précédent sauf à remonter au… XVIe siècle. Pour cette année, les analystes estiment que la sécheresse va coûter 3 milliards de dollars au secteur agricole. Avec, en première ligne, les productions fruitières et légumières et un cadre qui change. Signe des temps, les agriculteurs californiens qui n’ont pas accès à l’eau se voient aujourd’hui complètement barrés de l’accès au crédit bancaire…

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