Parce que rien n’est jamais simple 2022 – #14 [par Yann Kerveno]

Prendre des risques ?

C’est peu dire que l’Europe a un peu les pieds pris dans le tapis. D’un côté la réforme de la PAC est dans sa dernière phase avec l’étude des plans stratégiques nationaux et le déploiement de Farm To Fork qui doit verdir l’ensemble. De l’autre, la guerre en Ukraine vient rebattre un jeu de cartes fort complexe où les luttes d’influences (Chine, États-Unis) pèsent bien plus lourd que le réchauffement climatique. La question, difficile pour peu qu’on l’analyse froidement, se résume à cette formulation : est-il raisonnable aujourd’hui de prendre des risques (Farm to Fork conduira à une baisse de la production contre une diminution de l’impact de l’agriculture) en faisant différemment de ce que nous savons si bien faire ?

Main forte

L’Europe a donc décidé de donner “du temps au temps” en repoussant la publication du calendrier du verdissement, en particulier les décisions concernant la réduction de l’emploi des pesticides. Et en attendant, l’Union européenne va prêter la main aux agriculteurs ukrainiens pour qu’ils puisse semer ce qui doit l’être, tandis que l’Allemagne a autorisé la mise en culture d’un million d’hectares de jachères.

Soucis espagnols

La grève qui a sévi en Espagne avait commencé de vider les rayons des supermarchés et forcé des entreprises, comme Danone par exemple, à fermer boutiques. Les distributeurs ont même affirmé perdre 130 M € par jour depuis le début de la grève. Pour compliqué qu’il est, cet épisode vient montrer que, contrairement à ce qui est répété ici ou là, notre système alimentaire européen, à la production, est bien solide et que la Covid ne l’a pas “déstabilisé.” Pourquoi ? Parce que la grève en Espagne est une grève des transports et que c’est le maillon le plus fragile de notre système et qu’il est loin de concerner uniquement l’alimentaire.

Vous avez dit “droits” ?

Puisqu’on parle d’Espagne, voilà un mouvement qui pourrait faire évoluer les conditions de production. En effet, plusieurs chaînes de grandes surfaces danoises ce sont entendues pour ne plus acheter de fraises à Huelva parce que les producteurs ne respectent pas les droits des saisonniers… D’ailleurs, c’est toute la région qui est sous pression des distributeurs européens qui intiment au gouvernement andalou de ne pas amnistier les entreprises qui ont irrigué 1 400 hectares de cultures (fraises essentiellement) de façon tout à fait illégale en pompant de l’eau dans les aquifères.

Les vertus de l’intensification

Ailleurs, une nouvelle étude récemment publiée dans Plos-One, produite par des géographes et la modélisation, plaide aujourd’hui en faveur du Land Sparing, c’est à dire l’intensification de l’agriculture pour libérer plus de place aux espaces naturels et à la biodiversité. Si les gains en surface seraient fort marginaux en Europe, il pourraient atteindre près de 50 % dans d’autres zones ; en Afrique Sub-Saharienne par exemple. Et une telle stratégie aurait également, selon les chercheurs, des effets induits non négligeables. Ils feraient baisser le prix des aliments et augmenter la production mondiale de 2,8 %.

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