Parce que rien n’est jamais simple 2022 – #13 [par Yann Kerveno]

Ferme urbaine

C’était un des fleurons de la FrenchTech qui allait, sans nul doute, ridiculiser les serres illoises où Cédric Sanchez vient de commencer à récolter les premières fraises. Agricool, c’est son nom, prend sérieusement l’eau et vient d’être placé en redressement judiciaire. Si des repreneurs se sont manifestés, selon la start-up, son modèle de ferme urbaine en container n’a pas encore trouvé la voie de la rentabilité. Au point de perdre plus de 7 M € en 2020 pour un chiffre d’affaires de… 162 000 euros. Et pourtant, l’entreprise a levé 35 M € depuis sa création… On peut regarder plus ambitieux, si Beyond Meat a réalisé un chiffre d’affaires de 464 M $ au cours de son exercice 2021, l’entreprise a perdu 182,1 M $. Si si. Et ce après avoir perdu 52 M $ en 2020, 12,5 M $ en 2019, 30 M $ en 2018, 30 M $ en 2017 et 25 M $ en 2016. Soit la modique somme de 329 M $ en 6 ans et 122 M$ levés. Respect.

Chimères ?

Cela renvoie à un article paru au Royaume-Uni il y a quelques jours qui se demande si l’industrie de la viande de synthèse n’est pas une chimère… En faisant remarquer que depuis ses débuts il y a 10 ans, la viande de synthèse n’est toujours pas commercialisée, qu’aucune des entreprises qui travaillent dans ce secteur n’a encore atteint la rentabilité, mais qu’elle a par contre généré des centaines de millions de dollars d’investissements… L’article, fouillé, rejoint par ailleurs les rangs des sceptiques bien informés quant à la réalité des progrès réalisés et suggère que, finalement, c’est peut-être par l’hybridation du plant-based et des cultures cellulaires que le marché sera rentable… L’auteur ne peut pas, ensuite, s’empêcher d’être ironique quant aux investisseurs de milliards de dollars qui se sont peut-être, bernés par le récit d’un monde meilleur, laissés plumer comme de vulgaires poulets…

Impossible Foods

Mais d’ailleurs, ne vous y trompez pas. Que ce soit dans le “plant-based” ou la viande cellulaire, la vertu n’a qu’une face. Si elles clament vouloir sauver le monde en nous faisant switcher vers le non animal, c’est peut-être pour estomper un peu le fait qu’elles répondent quand même aux canons les plus stricts de l’économie de marché. Et les grands industriels du monde la viande (BRF, JBS, Tyson…) ou des céréales (Cargill, Louis Dreyfus, AMD…) sont aux aguets, investissant à tour de bras dans ces entreprises nouvelles qui finiront par leur ressembler ? C’est ce que montre un peu la mise en retrait de Pat Brown, créateur il y a 10 ans d’Impossible Foods, qui laisse la place de PDG à un vétéran de l’agroalimentaire américain pour se consacrer à la stratégie. Parce que le “business est devenu trop gros.” Impossible Foods est d’ailleurs l’entreprise du secteur qui a levé le plus de fonds depuis sa création, 2 milliards de dollars, mais qui est d’une discrétion de pucelle quant à ses résultats économiques. Et n’a toujours pas décidé d’entrer en bourse, au contraire de Beyond Meat et la faramineuse capitalisation qu’elle avait alors atteint, un milliard de dollars. Pendant que d’autres vident des trains ou défoncent des réseaux d’irrigation au nom de la planète, mais surtout par rejet du système et du capitalisme. En dégustant un burger végétal ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.